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Marquis Michel de la Vergne de Tressan
Inventaire linguistique de l'Afrique occidentale française et du Togo.

Mémoires de l'Institut français d'Afrique noire. N° 30. Dakar, IFAN. 1953, 240 p. cartes

Marquis Michel de la Vergne de Tressan Inventaire linguistique de l'Afrique occidentale française et du Togo

Sommaire

Préface
Introduction
Bibliographie

    Générale
    Ouvrages traitant de bibliographie
    Cartographie
    Documents speciaux

Structure générale : Groupes linguistiques
Consulter la classification linguistique sur VocabAfrica

Groupe I. — Nilo-Tchadien
Groupe II. — Nigéro-Camerounais
Groupe III. — Nigéro-Tchadien
Groupe IV. — Voltaique
Groupe V. — Togo
Groupe VI. — Agni-Tchi
Groupe VII. — Kwakwa des Lagunes
Groupe VIII. — Kru
Groupe IX. — Sénégalo-guinéen
Groupe X. — Mande
Groupe XI. — Peul
Groupe XI. — Langues non classées

Préface

Il est piquant d'entendre M. de Lavergne de Tressan, qui se définit modestement un « amateur », préconiser la fin de l'amateurisme en linguistique négro-africaine.
En vérité, notre auteur n'est pas, n'est plus précisément un amateur. Au cours de quelque quinze années de recherche désintéressée, il s'est initié à la sévère discipline des sciences humaines : à la linguistique, voire à l'ethnologie. Sans quoi, il ne nous présenterait pas aujourd'hui cet ouvrage qui témoigne de tant de rigueur.
Heureusen:ent pour nous, ce Chef de bataillon de l'Infanterie coloniale a gardé le vertus de ces amateurs de talent qui ont souvent frayé la voie ù la science ou renouvelé ses méthodes. Car M. de Lavergne de Tressan, pour être devenu linguiste, est resté un officier social, comme ses plus illustres prédécesseurs de l'Armée « coloniale  ». Il sait que la science n'est pas fin en soi, que la linguistique doit préparer à la connaissance des civilisations. Il sait surtout qu'une analyse objective des langues négro-africaines doit permettre de les utiliser comme instruments de l'éducation de base, c'est-à-dire de la rénovation des civilisations, sinon du perfectionnement des hommes.
C'est très exactement ce qu'a compris le sous-comité de l'enseignement de base de la Commission nationale de l'UNESCO, qui est à l'origine et du « Français élémentaire » et de l'Institut des Langues exotiques. Car l'avenir est au bilinguisme comme à l'interdépendance des continents. Mais la culture bilingue exige, comme condition majeure, l'enracinement dans son terroir.
L'Institut des Langues exotiques n'y suffira pas, non plus que l'IFAN, qui accorde trop peu de place à la linguistique. La France préside au destin de 26 millions de noirs d'Afrique. C'est bien un Institut national des Langues négro-africaines qu'il nous faudrait. L'Angleterre et l'Allemagne nous donnent, dans ce domaine, une leçon humiliante. Je souhaite que l'ouvrage de M. de Lavergne de Tressan soit pour l'Université française et le Gouvernement une occasion de méditation, surtout d'innovation.
Un dernier mot pour souligner, avec l'auteur, la spécifité des langues négro-africaines. Bien sûr, il sera utile aux jeunes chercheurs de posséder une culture générale et de partir de l'indo-européen ou mieux du sémito-hamite. Il leur faudra, par-dessus tout, « penser africain », «  se faire nègre avec les nègres », partant, créer une terminologie linguistique négro-africaine pour exprimer des catégories spécifiquement négro-africaines. Ce sera le seul moyen de rompre avec la copie maladroite des grammaires européennes, ces descriptions qui ne font rien voir. L'avouerai-je ? Je n'ai jamais lu une bonne grammaire des langues que je parle ou lis couramment.
Remercions donc M. de Lavergne de Tressan de nous dire la vérité nue avec sa franchise rude de savant et de soldat.

Léopold Sédar Senghor
Professeur à l'École Nationale de la France d'Outre-Mer
Député du Sénégal