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Jean Suret-Canale
Les Groupes d'Études Communistes en Afrique noire (1943-1951)

Paris : Editions l'Harmattan, 1994. 185 p. : ill.

Les G.E.C. en Afrique occidentale

Dakar fut probablement le seul point d'Afrique tropicale occidentale (en dehors de Madagascar) à connaître dès avant la Seconde Guerre mondiale un commencement d'implantation communiste. Mais nous ne disposons pour cette période que d'éléments incomplets. S'il y eut un groupe organisé, il ne pouvait être que clandestin avant le Front Populaire. Il y avait eu à Rufisque une cellule communiste (purement européenne) en 1925 77 bis.
Un comité de Front Populaire, réuni à Dakar au restaurant “le Cyrnos” le 5 juillet 1936 (pour préparer la manifestation du 14 juillet) comporte des représentants des partis et organisations du Front Populaire : parti socialiste S.F.I.O., parti radical, parti communiste, Ligue des droits de l'homme; d'un parti local, le parti socialiste sénégalais, et de trois syndicats. Tous sont des Européens, y compris le représentant du parti socialiste sénégalais, Charles Graziani, à une exception près, un des représentants des syndicats, Magatte, du syndicat des inscrits maritimes. Le représentant du parti communiste est Le Dallic, employé à Air-France 78.
L'Humanité du 31 juillet 1937, dans un entrefilet, annonce que “la constitution du parti communiste est enfin autorisée au Sénégal et qu'il a reçu dès le premier jour plus de cent adhésions.”A la manifestation du 14 juillet, un orateur communiste a pris la parole à côté des camarades du parti S.F.I.O., du parti socialiste sénégalais, et des inscrits maritimes“ 79.
Selon le Dr Ousmane Ba, il existait dès les années 1930 un “groupe d'études sociales” qui réunissait les communistes de Dakar et qui avait une antenne à l'École Normale William Ponty, alors sise à Sébikotane. Parmi ses membres, il y avait :

  • Cosnard (dont le grand-père avait participé à la Commune de Paris)
  • Bousquet, surveillant général
  • trois élèves de l'Ecole qui y adhérèrent en janvier 1937
  • un Ivoirien dont il a oublié le nom
  • Philippe Kaboré Zinda, un Mossi, qui fut en 1946 député R.D.A., osa en 1947 tenir un meeting devant le palais du Morho Naba où il dénonça les abus de la chefferie (il était lui même fils du chef de canton de Koudougou), et mourut peu après brusquement, en pleine force de l'âge (28 ans), selon la rumeur, empoisonné par un dignitaire de la cour du Morho Naba 80
  • Ousmane Ba lui-même 81

Nous n'avons pas trouvé d'indication de date précise de la constitution du “bureau d'études communiste” de Dakar : elle remonte probablement à la fin de 1943 ou au début de 1944, par établissement de la liaison avec Lozeray. Le procès-verbal de la réunion du 24 novembre 1944 faisant la récapitulation des études envoyées à Lozeray mentionne en premier lieu “deux études établies fin avril 1944”.
Nous avons vu que des communistes figuraient parmi les fondateurs du Groupement d'action républicaine (Rambaud, Quadrelli). Ce sont également des communistes (Molinari, Cardi, Gess, Blacas, Ospizi) qui sont à l'origine de la reconstitution, dès juin 1943, du syndicat des ouvriers de l'Arsenal de Dakar ; plusieurs d'entre eux sont détachés des Arsenaux de Toulon et de Ferryville (Bizerte) 82.
Les procès-verbaux conservés par Edgar Raynaud (actuellement déposés avec ses papiers aux Archives d'OutreMer à Aix-en-Provence) s'échelonnent du 6 août 1944 au 29 janvier 1945 et sont numérotés de 12 à 39. Nous possédons par ailleurs (provenant des archives personnelles de Gess) les P.V. des 6 mars, 23 avril et 7 mai 1945, ces deux derniers portant les numéros 44 et 45. Le P.V. n° 15 (21 août 1944) rend compte d'une lettre d'Henri Lozeray, d'Alger, qui accuse réception d'une lettre de Jean Molinari en date du 26 juillet accompagnant des documents élaborés par le bureau. Parmi les autres membres du “Bureau d'études” mentionnés :

  • Edgar Raynaud, administrateur des colonies (qui sera aussi un moment en Guinée… comme chef de la sûreté)
  • Mme Charlier, directrice d'école
  • Colas, professeur d'allemand au Lycée Van Vollenhoven
  • Félix Rambaud, commerçant, qui comme nous l'avons vu jouait un grand rôle dans diverses organisations “patriotiques”, est radié à la réunion du 3 janvier 1945 “n'assistant plus aux réunions depuis plus de six mois”
  • Félix Rambaud, un ancien syndicaliste (secrétaire du syndicat des chauffeurs de taxis marseillais au temps du Front Populaire), devenu à Dakar commerçant, et dirigeant une maison de commerce (Etablissements Rambaud et Pérusset-ETAPERU) qui deviendra assez importante après la guerre
  • Me Alfred Gaziello, avocat-défenseur, est à cette époque en congé en France (il reviendra à Dakar en 1947 ou 1948). Daniel Quadrelli, nommé en avril 1944 chef de service des télécommunications au Comité Français de libération nationale (C.F.L.N.) puis Gouvernement provisoire de la République française (G.P.R.F.) à Alger et ne reviendra en A.O.F. qu'en 1947.

Le Bureau d'études ne compte-t-il apparemment aucun membre africain. Et les débats dont les procès-verbaux portent témoignage concernent des questions “françaises” plus que des questions africaines : développement du Front National qui a succédé au G.A.R., des “Amis de Liberté”, puis des “Amis de l'Humanité”, de “France-U.R.S.S.”, des syndicats. On dénonce (21 août 1944) l'activité souterraine de la “France de Pétain”, organisation secrète vichyste, et les propos du R.P. Dodds qui, dans son sermon du 13 août à St Louis du Sénégal, aurait déclaré qu'“il est du devoir de tous les Français de chasser l'ennemi du sol de la patrie, mais (qu') il ne faut pas oublier que les plus grands ennemis de la France sont les communistes et les francs-maçons, et que l'ennemi intérieur est encore plus dangereux que l'ennemi extérieur”. Lors des événements de Thiaroye, où le commandement européen fait tirer sur des tirailleurs anciens prisonniers rapatriés d'Allemagne, le bureau d'études dénonce cette “provocation, analogue à celle de Thiès (8 morts en 1938, pour discréditer le Front Populaire)” et demande la formation d'une commission d'enquête ; il propose le rappel de tout l'état-major et son remplacement par des Résistants, (n°31, 2 décembre 1944).
Le P.V. n° 30, du 25 novembre 1944, pose la question suivante : “Devons-nous nous accoutumer à travailler sur les bases actuelles : association non déclarée de moins de 20 membres et n'ayant aucune existence officielle reconnue ... ou agir ouvertement?”
Le P.V. du 24 mai 1945 (n°44) mentionne le passage du camarade D. (probablement le professeur Jean Dresch) et aborde le problème du travail forcé (Jean Dresch et Michel Leiris avaient été envoyés, sous la houlette d'un Inspecteur général des Colonies, en mission d'enquête sur le travail forcé).
En bref, en 1945 comme en 1944, le Bureau d'études est un petit groupe de communistes européens, sans lien avec le milieu africain.
En octobre 1945, cependant, le Bureau d'études entre dans le “Comité d'entente” qui patronne les candidats du “Bloc Africain” (Lamine Gueye et Senghor) qui s'inscriront au groupe socialiste.

G.E.C. de Dakar

C'est au cours de l'été 1946 que s'effectue le changement, avec l'arrivée de militants africains, devenus majoritaires, venus notamment du “Comité d'études franco-africaines” (C.E.F.A.) 83, et le départ de certains Européens qui ne sont pas d'accord avec une orientation anti-colonialiste qu'ils jugent “démagogique” (Colas).

Contexte de ce changement : c'est d'une part, la décision du secrétariat du Parti de septembre 1945, et l'arrivée à la direction de la section coloniale de Raymond Barbé.

C'est enfin et surtout l'effet du choc provoqué par le rejet de la Constitution d'avril 1946, les circonstances de l'adoption du titre VIII de la Constitution de la IVème République, et la responsabilité du parti socialiste dans cette régression. L'administration note pour septembre 1946 : “Le prestige du Parti S.F.I.O. reste grand à Dakar, mais il a cessé d'être incontesté. Il devient aux yeux des Africains un parti modéré, et suscite une opposition active, mais divisée.” 84
Un certain nombre d'Africains s'orientent alors vers le P.C.F. et sollicitent leur adhésion. La section coloniale leur répond que le P.C.F. ne recrute pas d'adhérents hors du territoire national, et leur suggère d'adhérer aux G.E.C. ou d'en constituer, et de militer dans les partis africains démocratiques locaux.

Une lettre adressée par Raymond Barbé à Saïfoulaye Diallo, ouverte et copiée par les services de police et versée à son dossier nous en donne un exemple. Cette lettre répondait à une lettre de l'intéressé à Marcel Cachin sollicitant son adhésion au P.C.F. 85.

C'est à la même époque, à en croire Djibo Bakary, que le futur conseiller de l'Union Française du Niger, puis après l'indépendance Président de l'Assemblée Nationale du Niger Boubou Hama, aurait envoyé à Maurice Thorez un télégramme demandant son adhésion 86.

Il est probable que c'est une démarche analogue qui conduisit à la même époque au G.E.C. Joseph Corréa.
Un rapport administratif d'août 1946 signale que le secrétaire général du C.E.F.A. Joseph Corréa (que le rapport qualifie à tort de Président) “semble en même temps secrétaire du G.E.C. en formation à Dakar” (sic) et mentionne une convocation pour une réunion du G.E.C. au siège du journal “Réveil” 61, Avenue William Ponty à Dakar, publiée dans “Paris-Dakar” du 29 août 87.
Le rapport de renseignements politiques du Sénégal pour le mois de septembre 1946 mentionne la tenue à Thiès le 15 septembre d'une réunion commune S.F.I.O. (représentée par Diop Obeye), Union des Jeunes (représentée par Tall Maury) 88 et C.E.F.A., représenté par Joseph Corréa, avec un millier d'assistants.

“Joseph Corréa, secrétaire fédéral du Comité d'études franco-africaines fait… un vibrant appel en faveur du communisme dont il se réclame, précisant que c'est le seul parti politique français susceptible de donner aux Africains leur indépendance.”

Après lui, un autre orateur tente de contrecarrer cet appel en faisant l'éloge du parti socialiste. Dernier orateur, le secrétaire des syndicats confédérés (C.G.T.), Amadou Lamine Diallo,“intervient pour dissiper le malaise” en faisant l'éloge des deux partis 89.
C'est donc d'août-septembre 1946 qu'on peut dater la “mutation” et l'africanisation du G.E.C. de Dakar. Le local du C.E.F.A., organisation tombée en sommeil, servira désormais de lieu de réunion au G.E.C. (et plus tard au R.D.A.).
Quelques mots sur la personnalité de Joseph Corréa. Il est issu d'une famille “portugaise” de Ziguinchor (Casamance) ; c'est un ancien élève de l'Ecole William Ponty, ayant choisi la branche administrative et devenu avant-guerre commis à la Trésorerie générale. Il a été élu en 1938 secrétaire général d'une éphémère association des anciens élèves de l'école. Mais il a été aussi un syndicaliste actif, secrétaire général du syndicat des agents des trésoreries. C'est à ce titre qu'il est révoqué par Vichy en 1941. Il appartient à ce titre, en 1944, au bureau du “Groupement des victimes des lois d'exception de l'A.O.F.” (Victimes de Vichy) 90. Rétabli dans ses droits et indemnisé, il ne reprendra pas de service : après son licenciement, il est devenu commerçant et tient une petite épicerie rue Escarfait. C'est dans le “salon” situé à l'arrière de sa boutique que se tiendront les réunions de bureau du G.E.C., puis du R.D.A.
Il a participé au Congrès de Bamako en octobre, et a créé au retour une section sénégalaise du R.D.A. dont il est le secrétaire général.
Il est à ce titre candidat aux élections législatives de novembre 1946, second de liste derrière l'écrivain Abdoulaye Sadji, alors directeur d'école à Louga, que des pressions administratives contraignent à renoncer à sa candidature en pleine campagne électorale. Notons en passant que les bureaux de St Louis avaient refusé d'enregistrer la liste R.D.A., et il avait fallu l'intervention personnelle de Raymond Barbé, de retour de Bamako, auprès du Gouverneur pour que la liste soit enregistrée !
Parmi les militants du G.E.C. de cette époque, nous trouvons :

  • les deux frères Ousmane Ba (futur Ministre des Affaires Étrangères du Mali) et Alassane Ba, tous deux médecins
  • Sidiki Dembélé (soudanais) postier syndicaliste, qui se révélera plus tard écrivain
  • Benjamin Dosseh (dahoméen) postier
  • Yaya Traoré, agent de police, secrétaire général du syndicat des agents de police, soudanais

On notera que les militants africains les plus en vue sont des non-sénégalais, à part Corréa, qui est casamançais, et non wolof.
Parmi les Français, un nouveau venu est apparu en la personne de Camille Souyris, agrégé de lettres, ancien résistant des M.U.R. (Mouvements unis de Résistance — gaullistes) dans le Lot, sous le pseudonyme de Florian, qu'il reprendra pour signer ses articles. Il a été nommé en 1946 Directeur adjoint de l'enseignement, faisant fonction de Directeur général. II sera renvoyé en France à la fin de l'année scolaire 1946-47, avec l'arrivée d'un Directeur général en la personne de Jean Capelle, professeur à la Faculté des Sciences de Nancy, revenu dans l'université après une carrière de cadre chez Citroën, détaché avec rang de Recteur. Il sera nommé en 1948 Recteur de l'Académie de Nancy et cumulera ces fonctions avec celles de Directeur général de l'enseignement en A.O.F. (90bis).

Autres nouveaux venus :

  • Vera Cardot, épouse d'un ingénieur des télécommunisations
  • Georgette et Jean Suret-Canale,  en novembre 1946 : ce dernier ancien dirigeant des Jeunesses communistes clandestines sous l'occupation, agrégé de géographie et professeur au Lycée Van Vollenhoven.
  • Vickie et Gérard Cauche, en janvier 1947 : elle professeur d'histoire et géographie, lui élève-administrateur, ancien capitaine F.F.I., après la Libération en poste à la direction des FFI au Ministère de la Défense nationale, puis permanent à la section coloniale en 1946.

C'est encore en 1947 qu'adhéreront au G.E.C. deux Français recrutés sur place, Christiane et Robert Béart. Ce dernier, comptable à la maison de commerce Maurel et Prom, a été élevé par son frère aîné, Charles Béart, Directeur de l'enseignement au Sénégal, et a fait sa scolarité au lycée Faidherbe de St Louis. Profondément lié au milieu africain, il prendra après les indépendances la nationalité malienne et sera fonctionnaire au service du Mali.

Début 1947, Joseph Corréa, devenu secrétaire général de la section sénégalaise du R.D.A. est remplacé comme secrétaire général du G.E.C. par Jean Suret-Canale. Ce dernier, élu en 1948 au secrétariat de l'Union des syndicats confédérés de Dakar, est alors remplacé au G.E.C. par le Dr Ousmane Ba. Celui-ci, muté en Haute-Volta en 1949, est alors remplacé par Dembané Sarr (une lettre de ce dernier, datée du 2 février 1950, atteste qu'il était secrétaire du G.E.C. à cette date). Au cours des années 1947 et 1948, la partie européenne du G.E.C. compte des anciens toujours présents ou revenus après congé : Cardi, de l'Arsenal, Molinari, qui a quitté son emploi de scaphandrier à l'Arsenal pour le commerce privé, Gess et Blacas, ouvriers à l'Arsenal (Blacas sera en 1948 secrétaire du comité de coordination des syndicats confédérés de l'A.O.F. et organisera la solidarité lors de la grève des cheminots africains) ; Me Alfred Gaziello, avocat ; le capitaine Flandrin, artilleur, et sa femme, institutrice (responsable à la littérature, le Capitaine Flandrin devra se mettre en retrait après un avertissement de sa hiérarchie) ; Adrienne et Daniel Quadrelli, respectivement — institutrice et ingénieur des télécommunications. Daniel Quadrelli avait été arrêté et emprisonné par les autorités vichystes après le débarquement allié en Afrique du Nord, appelé à diriger les télécommunications du G.P.R.F. à Alger, puis nommé à la SNCASO, et licencié en 1947 après le départ de Charles Tillon du Ministère de l'armement.

Côté africain, Soumaré, secrétaire du syndicat des marins ; Doudou Gueye, médecin africain établi en Côte d'Ivoire, d'origine sénégalaise (et wolof), envoyé par Houphouët pour “sénégaliser” la direction du R.D.A. (il remplacera Corréa comme secrétaire général et assurera la direction du journal Réveil) ; les dirigeants des “Jeunes Lebous” (l'ethnie autochtone de Dakar), Fodé Sakho, Sellé Gueye et Joseph M'Baye ; plus tard les instituteurs Thierno Ba et Abdoulaye Gueye (en août 1949), qui seront après 1950 les dirigeants de l'“Union démocratique sénégalaise”, restée fidèle à l'orientation initiale du R.D.A., puis après 1958 du “P.R.A.-Sénégal”.
Le G.E.C. compte également un noyau important d'étudiants de l'école de médecine de Dakar, où enseigne un membre européen du G.E.C., le Colonel Cler, agrégé de médecine, chirurgien. Parmi eux :

Lorsqu'ils sont de passage à Dakar, Gabriel d'Arboussier, Vice-President, puis, en 1949, secrétaire général du R.D.A., et Félix Houphouët-Boigny, Président du R.D.A., assistent souvent aux réunions du G.E.C. Lors de la réunion du G.E.C. qui discute des documents relatifs à la conférence des neufs partis communistes d'Europe tenue en Pologne (1947) qui crée le “Bureau d'information” (le “Kominform”), Houphouët, qui est de passage et assiste à la réunion, y fait une intervention remarquée sur le thème : “Les tâches des communistes africains après les résolutions du bureau d'information”. D'aucuns, parmi les assistants, pensent qu'ils viennent d'entendre l'homme qui sera le Lénine de l'Afrique !
Le premier champ d'activité du G.E.C. du Sénégal est l'animation de l'“Union Démocratique Sénégalaise”, section territoriale du R.D.A., créée en 1947 et qui tient son premier Congrès les 30-31 juillet et ler août 1948. Doudou Gueye y est élu secrétaire général, relayant Joseph Corréa. Elle déploie une grande activité, crée des “sous-sections” dans tout le Sénégal, mais ne réussit pas à s'implanter en profondeur, notamment en milieu paysan.

Son deuxième champ d'activité est le domaine syndical. Les principaux dirigeants de l'Union des syndicats confédérés, de Dakar sont des “apolitiques”, également méfiants à l'égard du parti socialiste et du R.D.A. Mais une convergence s'établit entre eux et les militants syndicaux du G.E.C. sur la base d'une position hostile à la collaboration de classe (qui prend ici souvent la figure de la collaboration avec l'administration coloniale). Les membres du G.E.C. avaient lutté pour la constitution de syndicats “uniques” (et non “européens” et “africains” séparés). Avec bien des difficultés : le syndicat de l'Arsenal par exemple, est en principe un syndicat unique : mais il associe une “section européenne” et une “section africaine” séparées, sur la base des différences de statuts. Dans la fonction publique, la constitution de syndicats par “cadre”, aboutit pratiquement à l'existence de syndicats européens et de syndicats africains. Le Congrès de 1948 aura à prendre position sur la scission intervenue en France, où, à la suite du rejet par la C.G.T. du plan Marshall et des grèves de 1947 dénoncées par les socialistes comme “insurrectionnelles”, les représentants du courant réformiste (dirigé par Léon Jouhaux), majoritaire avant guerre, devenu minoritaire après la Libération, quitte la C.G.T. pour créer la C.G.T.-F.O. (“Force Ouvrière”). A Dakar, le débat au Congrès porte très peu sur le différend C.G.T. et Force Ouvrière, mais bien plus sur la rivalité entre syndicats ouvriers et syndicats de fonctionnaires. Un compromis s'étant réalisé sur ce point (dans la composition du bureau, et avec l'élection de deux secrétaires généraux, l'un représentant les ouvriers, l'autre les fonctionnaires), le Congrès votera à l'unanimité le maintien à la C.G.T., mais aussitôt après, tous les syndicats européens quitteront l'Union (et la C.G.T.) pour adhérer à F.O. ou se réfugier dans l'autonomie. Les syndicats “uniques” (sauf celui de l'Arsenal) deviennent en fait des syndicats purement africains avec quelques rares affiliés européens, principalement les membres du G.E.C.

Un troisième domaine majeur de l'activité du G.E.C. est le domaine culturel : fin 1947, les militants du G.E.C. créent, avec quelques concours extérieurs (dont celui du conseiller général socialiste Charles-Guy Etchevery, propriétaire et rédacteur du journal Réveil) l'“Université Populaire Africaine” (U.P.A.). L'U.P.A. organise des cours du soir en vue de la préparation du Brevet et du Baccalauréat (examens fermés aux Africains avant 1946) ; elle donne des conférences hebdomadaires sur des sujets d'actualité. Elle tentera aussi d'organiser des cours d'alphabétisation, mais sans beaucoup de succès. Le Recteur Capelle et les autorités mèneront une “petite guerre” contre l'Université Populaire Africaine, exigeant qu'elle change d'appellation : ils y voient une critique implicite de l'absence d'université à Dakar, université depuis longtemps promise, mais qui ne vit le jour que beaucoup plus tard. Pour le Recteur Capelle, le terme d'Université ne pouvait s'appliquer qu'à “la réunion des quatre facultés” (sic !). On lui adressera copie de l'article “Université populaire” du Larousse universel, in extenso !
A partir de l'année 1948, les militants du G.E.C. (principalement Doudou Gueye, Gérard Cauche, Georgette Suret-Canale) assurent l'essentiel de la rédaction de l'hebdomadaire Réveil.
Le R.D.A. n'avait jamais pu obtenir de la seule imprimerie de presse existant alors à Dakar (la Grande Imprimerie Africaine, du groupe Delmas, de Bordeaux) la publication de son organe L'Afrique noire dont un numéro unique avait été imprimé en France en octobre 1946. Les motifs invoqués (saturation) couvraient en réalité les instructions de l'administration.

Réveil était à l'origine l'organe de la “France combattante” ; Charles-Guy Etcheverry en était devenu le propriétaire. Conseiller général socialiste, élu en 1946, il se rapprocha du R.D.A. au cours de l'année 1947 et mit à la disposition du R.D.A. quatre pages de son journal (sous le titre “La voix du R.D.A.”); en 1948, il donna son adhésion au R.D.A. et Réveil devint l'organe “de facto” du R.D.A.

Pour tenter de maintenir le contact avec la fraction “de gauche” de la population européenne, peu sensible aux problèmes africains, le G.E.C. créera en 1949 les “Amis d'Action”, autour de l'hebdomadaire français Action, issu de la Résistance, dirigé par des communistes et qui avait alors une audience non négligeable.

La formation politique était un des objectifs fondamentaux du G.E.C. : en dehors d'une “formation permanente” lors des réunions, le G.E.C. organisera lors d'un week-end à Thiaroye en mai 1948 une “école”, sur la base de quatre conférences dont trois seront ronéotypées et circuleront longtemps en A.O.F. (nous en donnons le texte en annexe).
En dehors de Dakar, il y avait des G.E.C. dans les principaux centres du Sénégal : Saint-Louis, Thiès, Kaolack, Ziguinchor. Plus des correspondants isolés.
Le secrétariat du G.E.C. de Dakar adressait à ces groupes et correspondants locaux des lettres, des circulaires, des brochures et des livres à diffuser. La seule circulaire que nous ayons retrouvée (elle porte le n° 20 et est datée du 21 juin 1948) traite de l'action parlementaire du R.D.A. et de l'action de masse nécessaire pour l'appuyer et la faire aboutir. C'est probablement l'écho et la reprise d'une circulaire de Raymond Barbé sur le même sujet.

Relativement tolérée jusqu'à la fin de 1946, l'activité des communistes et du R.D.A. fait l'objet de mesures d'hostilité ou de répression dès 1947.
En octobre 1947, Gérard Cauche est révoqué, pour avoir été candidat aux élections municipales à Dakar sur la liste R.D.A. Il devient alors secrétaire administratif du Comité de coordination du R.D.A. à Dakar. De “France-URSS”, tombée en sommeil — elle tint une dernière réunion publique à Dakar en 1947 à l'occasion du passage du professeur Auguste Chevalier, du Muséum, spécialiste d'agronomie tropicale et membre du comité national de France-URSS — il restait une émission hebdomadaire à Radio-Dakar, qui fut assurée par Véra Cardot, puis par Jean Suret-Canale. Elle est supprimée.
La tension s'accroît après le deuxième Congrès du R.D.A. à Treichville (janvier 1949) et le déchaînement de la répression en Côte d'Ivoire.

Le 20 février 1949, au terme d'une grève de 48 heures lancée par l'“Intersyndicale ouvrière” (regroupant uniquement les syndicats de l'industrie privée), unanimement suivie et ayant abouti à une augmentation de près de 30 % des salaires, alors rongés par l'inflation, tandis que le secrétaire général de l'Union des syndicats de Dakar Gueye Abbas était l'objet de poursuites judiciaires pour “grève illégale”, Jean Suret-Canale était saisi à son domicile au petit matin et mis dans un avion spécial pour être renvoyé en France, muni d'un arrêté du Gouverneur général Béchard (Sénateur-Maire socialiste d'Alès) le remettant à la disposition du Ministre.

Ces mesures provoqueront le 27 février une protestation unanime de la commission administrative de l'Union des syndicats confédérés de Dakar 92. Deux notes confidentielles de l'Inspection du travail font état de vives pressions exercées sur les syndicalistes appartenant au Parti socialiste pour susciter une scission et la création d'une union de syndicats F.O. (cette union sera effectivement créée en juin 1949). Mais ces syndicalistes, et particulièrement le secrétaire général du puissant syndicat des EMCIBAN (Employés du commerce, de la Banque, des Assurances et du Notariat), Papa Jean Ka, qu'une de ces notes qualifie de “S.F.I.O., nettement anticommuniste”, “politiquement modéré” et “ayant des liens de famille avec Lamine Gueye”, renâclent. Bien plus, Papa Jean Ka élève une vive protestation contre les mesures prises à l'encontre de Gueye Abbas et Suret-Canale, et indique qu'elles “risquent de susciter une campagne de protestation … à laquelle s'associeraient des éléments très divers, y compris S.F.I.O. et Ligue des droits de l'homme.” (note du 1er mars 1949) 93.
Effectivement, un meeting syndical de protestation aura lieu le 6 mars à Dakar, auquel participent tous les dirigeants syndicaux, y compris Papa Jean Ka.
Le 7 mars, le syndicat unique de l'enseignement (auquel appartenait Suret-Canale) fait une grève de protestation d'une heure pour protester contre son expulsion (80 grévistes sur 87 syndiqués) 94 . Adrienne Quadrelli, seule institutrice à avoir fait grève parmi les Européens, est immédiatement révoquée. Robert Béart, comptable chez Maurel et Prom, est licencié et expulsé de son logement. Daniel Quadrelli, inspecteur principal des télécommunications, est licencié le 14 juin 1949 (Il restera un an au chômage en France avant de retrouver un emploi, dans le secteur privé).

Au début de 1950, alors que la répression se déchaîne en Côte d'Ivoire, l'Union Démocratique Sénégalaise R.D.A. décide de commémorer le massacre de Thiaroye (en 1944 - voir supra) par un dépôt de gerbes au cimetière de Thiaroye, le 19 février. Le Gouverneur général interdit cette manifestation et procède à un déploiement massif de forces militaires et de police (blindés, etc.) Prévoyant cette éventualité, le R.D.A. avait opéré deux jours avant le dépôt de gerbes, une manifestation dont la photo fut publiée dans Réveil, ce qui souleva la fureur de Béchard, se jugeant ridiculisé 95.
II prend alors prétexte d'une manifestation organisée par l'U.D.S.-R.D.A. et la section locale de son organisation de jeunesse, le R.J.D.A. (Rassemblement de la Jeunesse Démocratique Africaine) devant le Consulat d'Espagne à Dakar, le 13 avril 1950 au soir. Cette manifestation se situait dans le cadre d'une “journée internationale de solidarité avec la jeunesse républicaine d'Espagne” organisée par la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (F.M.J. D.) le 14 avril, date anniversaire de la proclamation de la République espagnole. En bref, une manifestation de solidarité anti-franquiste 96.
Cette manifestation, qui n'aurait réuni qu'“une trentaine” de manifestants selon l'administration, fut néanmoins suivie de 38 arrestations. Le tribunal des flagrants délits, saisi le lendemain 14 avril, se déclare incompétent et prononce la levée du mandat de dépôt. Sur intervention du parquet, le juge d'instruction fait aussitôt réincarcérer 7 des 38 prévenus 97 : Vickie et Gérard Cauche, Thierno Ba, Septime Doddé, Dembané Sar et Tchicoundzi. Remis en liberté provisoire le 19 avril 98 , ils seront condamnés le 1er juin à des peines de prison de 4 à 6 mois ferme et 20 000 F d'amende pour “participation à l'organisation d'une manifestation non déclarée sur la voie publique”. Seule Vickie Cauche, en tant que mère de famille ayant des enfants en bas âge, bénéficiera du sursis 99. De ce procès, nous avons la version du juge, le Président Giresse, qui défraya la chronique il y a quelques années par ses démêlés avec d'autres magistrats, à la suite desquels il publia avec le concours d'un journaliste un livre de mémoires 100.
On l'avait fait venir de Bamako où il était magistrat pour ce procès “dans lequel aucun magistrat tenant à sa précieuse carrière ne semblait vouloir se mouiller” en tant que “Vice-Président par intérim et statuant en juge unique pour les affaires correctionnelles”. Il faut bien entendu examiner avec esprit critique la version du Président Giresse, alors membre du Parti socialiste, mais partisan fanatique de la colonisation, et plus tard défenseur acharné de la peine de mort. Ainsi, il qualifie ceux qu'il a condamnés de “jeunes révolutionnaires noirs imprégnés d'idéologie maoïste et trotskiste” 101 ce qui est à la fois faux, illogique, et anachronique 102.
Il prétend que “Senghor, futur Président du Sénégal, Lamine Gueye, député socialiste et maire de Dakar, et les dirigeants traditionnels du R.D.A. voyaient dans ce brûlot révolutionnaire une menace pour leur avenir et le développement pacifique du Sénégal. Il leur fallait un coup d'arrêt. ”Nous laissons au Président Giresse la responsabilité de la mise en cause des députés du Sénégal ; celle des dirigeants du R.D.A. relève, ici encore, d'un anachronisme certain. Le revirement d'Houphouët n'interviendra que quelques mois plus tard et les archives mentionnent au contraire un télégramme de protestation contre les arrestations, signé de Houphouët, d'Arboussier et Mamadou Konaté en date du 22 avril 103.
Toujours selon le Président Giresse, “craignant une explosion autrement plus sérieuse et des troubles graves de l'ordre public, le parquet général ne souhaitait pas de peines trop sévères” et le Haut-Commissaire Béchard n'attendait qu'une peine de principe. Giresse opta pour des peines de prison ferme pour cette “atteinte à l'ordre public”, et Béchard ne lui en aurait pas tenu rigueur puisqu'il aurait noté dans son dossier : “Magistrat qui a pris une décision qui n'était pas conforme à mes voeux, mais qui a manifesté une indépendance louable” 104, Gageons que Béchard n'aurait pas jugé cette indépendance “louable” si elle s'était manifestée par une relaxe ! On remarquera en passant combien tout ceci illustre l'“indépendance” de la magistrature coloniale !
On peut d'autant plus s'interroger sur l'authenticité de cette position de Béchard en faveur de peines de principe que, dans le même temps, dans une lettre du 20 juin 1950 au Ministre de la France d'Outre-Mer, il se plaint amèrement de l'attitude de la Cour d'appel de Dakar, de son “souci de minimiser, sinon de supprimer les peines privatives de liberté, ou tout au moins d'accorder aux condamnés le bénéfice du sursis … Elle aboutit à amoindrir l'autorité et à constituer un encouragement à ceux qui se sont donné pour tâche, soit de bafouer l'administration (procès contre Maurice Voisin) 105 soit d'inciter au désordre à des fins politiques (procès contre des membres du R.D.A. et contre Réveil)” 106. Le ministre lui répondit qu'il lui était impossible d'intervenir, sinon auprès du Procureur, et qu'au demeurant la Cour d'Appel, le 17 avril 1950, avait, dans une affaire de presse, quadruplé les peines infligées en première instance.
Au demeurant, ce procès ne suffisait pas, puisque l'administration jugea utile de le “redoubler” par une provocation caractérisée. Lors de la manifestation du 1er mai 1950, quelques agents provocateurs glissés dans la manifestation crièrent : “Béchard au poteau !” Et les mêmes témoignèrent aussitôt après que ces “cris séditieux” avaient été proférés par des dirigeants du R.D.A. ! Le 6 juin 1950, le tribunal correctionnel condamnait à six mois de prison pour ce motif Thierno Ba, Septime Doddé, Diallo Saliou, commis à la Sûreté, N'Diaye Amadou dit Doudou, seul Sarr Dembané bénéficiant d'un non-lieu (il avait pu prouver qu'il était absent de la manifestation où il était censé avoir poussé le cri séditieux !) Suites de ces condamnations diverses : Vickie Cauche, professeur au Lycée Maurice Delafosse, sera immédiatement révoquée ; sans ressources avec son mari (que le R.D.A. avait cessé de rétribuer depuis plusieurs mois) Vickie et Gérard Cauche devront quitter Dakar en juillet 1950. Sa peine confirmée en appel, Gérard Cauche fera quatre mois de prison à la Santé et à Fresnes. Septime Doddé, élève de l'École de médecine, à quelques semaines de ses examens terminaux, sera renvoyé de l'Ecole 107 puis, après avoir accompli ses six mois de prison, incorporé pour trois ans dans l'armée et envoyé à Agadès (Niger), en plein Sahara. Le Colonel Cler, professeur agrégé à l'École de médecine, qui avait refusé de s'associer aux sanctions prises contre les élèves, sera rayé des cadres et devra se reconvertir dans la médecine privée à Marseille.

La répression s'exerce d'autre part sur le journal Réveil et ses responsables : contre eux, les poursuites se sont accumulées ; le 17 mai 1950, Doudou Gueye est condamné à six mois de prison et 100 000 F d'amende pour “diffusion de fausses nouvelles”. Il est incarcéré en septembre. Le journal Réveil est suspendu pour deux mois (en fait, il cessera de paraître du 7 septembre 1950 à mars 1951).
En décembre 1950, Etcheverry, qui s'est rallié à la nouvelle ligne d'Houphouët et a reçu de lui 500 000 F pour renflouer le journal, demande en vain l'autorisation de le faire reparaître. Il ne l'obtiendra qu'en mars 1951, et cela ne l'empêchera pas d'être incarcéré le 30 avril 1951 et de faire trois mois de prison pour délit de presse 108 !

Des mutations et des révocations complètent les mesures déjà énumérées. Ousmane Ba est révoqué, avec interdiction d'exercer la médecine même à titre privé ! Il ne sera réintégré en 1951 qu'après avoir accepté une mutation en Haute-Volta. Diagne Mody, secrétaire général du syndicat unique de l'enseignement, et co-secrétaire général (avec Gueye Abbas) de l'Union des syndicats de Dakar, qui n'est pas membre du G.E.C., est muté en brousse (à Koungheul), ainsi que Joseph M'Baye (muté à Cascas). Le brigadier de police Yaya Traoré, secrétaire du syndicat des policiers, membre du G.E.C., est muté à St Louis du Sénégal : ayant refusé de rejoindre ce poste, il est mis en disponibilité sans traitement, d'office, pour deux ans. Le dirigeant de la R.J.D.A. Gueye Abdoulatif, est révoqué pour “négligences graves” dans ses fonctions 109 .
Au début de 1951, le G.E.C. de Dakar ne compte plus aucun membre européen. Nous n'avons pas de témoignage sur son activité après janvier 1951.

Quatre autres G.E.C. existaient au Sénégal.

G.E.C. de St Louis

Le plus ancien était sans doute celui de St Louis du Sénégal. Selon une rumeur que nous n'avons pu vérifier, il aurait compté en 1944-1945 parmi ses membres un Colonel de l'infanterie coloniale, ce qui expliquerait la manifestation commémorative de la Commune de Paris le 18 mars 1945. Après un nommé Madier, son responsable fut en 1946-1947 un Ingénieur des travaux publics nommé Le Gall, qui aurait été selon ses dires militant dans le quatorzième arrondissement de Paris pendant la Résistance ; il fallut l'écarter en 1947 en raison de son intempérance. Il fut alors remplacé par Joseph Roux, contrôleur des lignes aux P.T.T., qui avait été un des fondateurs du Parti communiste dans le Var après le Congrès de Tours. Il quittera le Sénégal pour prendre sa retraite le 9 janvier 1951 110.
Autres membres notables :

  • Pierre Minne, professeur de philosophie au Lycée Faidherbe en 1946-1947, remis à la disposition de son administration d'origine dès l'été 1947
  • Latyr Camara, qui sera un des dirigeants de la C.G.T. au Sénégal, ministre de la fonction publique dans le conseil de gouvernement de la loi-cadre
  • le pharmacien Diallo Sané Moussa et son épouse Marie-Thérèse, en 1949, chez qui se tiennent les réunions du G.E.C. au début de 1950 (110)

A la même époque, l'Ivoirien Joseph Allou Bright est secrétaire du G.E.C. de St Louis, jusqu'à sa mutation et son départ pour Abidjan en août 1951 111.
Les membres du G.E.C. de St Louis animent la sous-section locale du R.D.A. Pierre Minne tentera de prendre des contacts en Mauritanie et fera traduire à cette fin quelques textes politiques en arabe 112.
Pour avoir envoyé une motion de protestation contre l'arrestation de Doudou Gueye, le 28 août 1950, onze des signataires, dont Latyr Camara et Joseph Allou Bright, sont condamnés le 15 février 1951 par le tribunal correctionnel de St Louis à 10.000 F d'amende chacun pour “outrage à magistrat” 113.
Alors qu'à Dakar, l'emprisonnement, le déplacement, ou le départ en France des principaux animateurs entraîne au milieu de l'année 1950 une baisse de l'activité, la police observe qu'à St Louis l'activité du G.E.C. et celle du R.D.A. ne se démentent pas.

“Nous étions sept, peut-être huit, aux réunions du G.E.C. qui se tenaient chaque semaine (chez nous d'ailleurs). Et entre 20 et 30 aux réunions du R.D.A. que nous essayions d'impulser une fois par mois”, nous indique Marie-Thérèse Diallo 114.

A la fin de 1950, le revirement d'Houphouët (le “désapparentement” des élus R.D.A. d'avec les groupes parlementaires communistes) suscite de vives discussions : les militants de St Louis sont contre. Le 2 décembre 1951 a lieu à Dakar une discussion sur le sort des G.E.C. Les Dakarois proposent qu'ils soient supprimés, les Saint-Louisiens sont contre, et lecture est donnée d'une lettre de Cissoko Famody, de Ziguinchor, qui s'oppose à la suppression des G.E.C. Une note des renseignements généraux du 27 janvier 1953 mentionne encore l'existence du G.E.C. à St Louis 115.

G.E.C. de Thiès

Le plus important des G.E.C. après celui de Dakar était celui de Thiès. Il fut ici dès l'origine purement africain. La présence à Thiès des Ateliers et de la direction de la Régie des Chemins de fer de l'A.O.F. en faisait un centre ouvrier et administratif important. Le personnel était originaire de toutes les régions de l'A.O.F.
Il semble que c'est sous l'influence de Joseph Corréa que les militants précédemment organisés en nombre au sein du Comité d'études franco-africaines rejoignirent le G.E.C. C'est à Thiès que Joseph Corréa avait fait, le 15 septembre 1946, un appel public en faveur du communisme 116.
Les rapports politiques du Sénégal mentionnent la création, le 12 octobre 1946, à Thiès, d'un “Parti ouvrier démocratique du Sénégal” dont les dirigeants (un bureau de 7 membres) appartiennent tous au personnel du chemin de fer, et dont un seul est sénégalais. Ils y voient l'amorce d'un “parti à tendance communiste” et en attribuent l'initiative à Camille Souyris. Parmi ses dirigeants, nous trouvons Alexandre Gbaguidi (en 1947 secrétaire du G.E.C. local) et Alao Fari (en 1947 secrétaire de la sous-section locale du R.D.A.). Le rapport officiel mentionne l'adhésion “de nombreux membres de l'Union des jeunes de Thiès” 117 . Un autre rapport mentionne une réunion tenue à Thiès par Joseph Corréa le 4 novembre 1946, présidée par Mamadou Kouyaté, secrétaire général du parti ouvrier démocratique du Sénégal “en formation” 118.
Cette initiative n'eut pas de suite, sans doute en raison de l'orientation trop étroitement “ouvriériste” dont elle témoigne, et de la création au même moment du R.D.A. L'auteur de ces lignes, arrivé le 15 décembre 1946 à Dakar, vint à Thiès le 22 février 1947 pour y faire une réunion publique au titre du G.E.C. et n'eut jamais connaissance de l'existence de ce parti 119.
Le handicap du G.E.C. de Thiès, comme de la sous-section locale du R.D.A., fut, incontestablement, le fait que la plupart de ses militants n'étaient pas sénégalais. Les Sénégalais restaient méfiants à l'égard d'un mouvement animé par des “étrangers”, les uns restant fidèles au parti socialiste S.F.I.O., les plus contestataires étant organisés au sein de l'“Union des jeunes de Thiès”, dont la plupart rejoignirent en 1948 le “Bloc démocratique sénégalais” de Senghor 120.

G.E.C. de Kaolack

Le G.E.C. de Kaolack eut à l'origine pour animateur un cheminot français, Casazza ; il fut remplacé à son départ en France par Na Dialo, commis à la Résidence 121. Le G.E.C. de Kaolack animera la sous-section locale du R.D.A. qui reste fidèle aux orientations initiales du R.D.A. après 1950, ce qui vaudra à ses dirigeants de subir la répression : lors du défilé du 1er mai 1952, le commissaire de police local interpelle Na Dialo pour avoir crié “A bas les colonialistes”, le menaçant d'arrestation immédiate en cas de récidive ! Il exige et obtient l'éloignement des principaux militants locaux, dont l'institutrice Anne-Marie d'Erneville, épouse Carvalho, qui est mutée à Tambacounda, bien qu'aucun motif professionnel n'ait pu être retenu contre elle 122.

G.E.C. de Ziguinchor

Il y avait un G.E.C. à Ziguinchor, qui poursuivit son activité en 1950 et au-delà. Une correspondance adressée au G.E.C. de St Louis (voir supra) y mentionne la présence de Cissokho Famody (ou Seydou ?) instituteur, hostile à la suppression des G.E.C. et qui sera plus tard secrétaire général du Parti africain de l'indépendance (P.A.I.), ensuite Parti de l'indépendance et du travail (P.I.T.) de 1972 à sa mort en 1986. D'après Marie-Thérèse Diallo, elle-même et son mari, Diallo Sané Moussa, mutés à Ziguinchor à la fin de 1952, y furent contactés au nom du G.E.C. local par l'instituteur Louis Da Costa 123.
Le G.E.C de Dakar était aussi en correspondance avec des isolés. Parmi ceux-ci, Joseph Eyraud, instituteur, socialiste avant guerre (de 1935 à 1938), en poste à Korhogo (Côte d'Ivoire) pendant la Seconde Guerre mondiale, et venu au communisme à travers le R.D.A. ; il fut muté en juillet 1947 au Sénégal, à Kédougou (poste déshérité) puis renvoyé en France en pleine année scolaire (le 31 janvier 1949) 124. Il avait eu le temps de remettre en état les écoles à l'abandon, et de créer une sous-section du R.D.A. 125.

Soudan Français

Dans ce qui s'appelait alors le “Soudan Français” (aujourd'hui Mali), le G.E.C. de Bamako s'est constitué en juillet 1946 126. Ses deux principaux membres européens étaient l'instituteur Pierre Morlet professeur à l'Ecole primaire supérieure, et Maurice Fayette, postier. Avec eux figuraient au bureau du G.E.C. Kassé Keïta 127, frère du futur Président Modibo Keïta (qui, lui, n'appartint jamais au G.E.C.), Abdoulaye Diallo, postier, qui à partir du 2ème semestre 1947 remplacera Fayette comme secrétaire de l'“Union régionale des syndicats du Soudan” et sera plus tard Vice-Président de la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.), Idrissa Diarra, postier, co-fondateur avec Pierre Morlet en 1946 du “Parti démocratique du Soudan”, et plus tard secrétaire politique de l“'Union soudanaise -R.D.A.”. Autres membres du G.E.C.: Goundiam, Amadou Traoré, Abdou Diop (médecin), Siriman Kouyaté, Cissoko, etc. Le rapport politique du 2ème trimestre 1947 signale comme “fervent militant communiste” M. Peyre, chef du bureau des finances, et attribue à son influence l'appartenance à l'Union soudanaise R.D.A. de la “quasi-totalité des agents spéciaux” (commis d'administration chargés des finances dans les cercles) 128.

G.E.C. de Bamako

Le G.E.C. de Bamako comprenait un groupe d'animation réduit, un deuxième cercle plus étendu, des correspondants ; il organisait des conférences, adressait des circulaires, s'occupait de la solidarité aux emprisonnés. Le G.E.C. jouera un rôle de premier plan dans l'organisation du Congrès de Bamako, fondateur du R.D.A. (octobre 1946), ainsi que dans la création de la section territoriale du R.D.A., L'“Union soudanaise”-R.D.A. 129. Celle-ci avait été précédée de la création, face au Parti progressiste soudanais de Fily Dabo Sissoko (député apparenté communiste en 1945, acheté au bout de deux mois par la rue Oudinot), d'un “Parti démocratique soudanais”, admis par arrêté du 7 janvier 1946, et qui prend la succession de la section locale du “Front National”, dissoute le même jour. Le Parti progressiste soudanais fut enregistré huit jours après, le 15 janvier 1947 130. Pierre Morlet travaillait surtout dans ce domaine (politique) tandis que Fayette s'occupait surtout des syndicats : mais l'un et l'autre avaient été les fondateurs de l'“Union régionale des syndicats confédérés du Soudan”, constituée le 17 juin 1946 131.
Fayette et Morlet furent éliminés l'un et l'autre dès 1947. Fayette fut remis à la disposition de son administration d'origine en juillet 1947, refusa de quitter Bamako jusqu'en décembre 1947. Morlet, remis de la même façon à la disposition de son administration d'origine, refusa d'obtempérer, demeura quelque temps à Bamako, puis à Abidjan, chez Houphouët (pendant son absence, sa femme employée à la Banque de l'Afrique occidentale, était expulsée de son logement). Revenu en France il resta plus d'un an sans poste et fut envoyé en 1948 par la C.G.T. en Afrique comme “Délégué confédéral” pendant quelques mois. Dès 1947, il avait été relayé comme secrétaire du G.E.C. par Kassé Keïta.
Les rapports mensuels de la Sûreté témoignent de l'activité du G.E.C. de Bamako durant l'année 1949 :

  • Février 1949: G.E.C. : Cours du soir organisés à la maison du parti (l'U.S.R. D.A.), les lundi, mardi et vendredi.
  • Avril 1949 : “Le groupe d'études communiste s'est réuni à plusieurs reprises, dans des locaux différents, dans le courant du mois” (p. 5)
  • Mai 1949: G.E.C. : Deux réunions le 10 mai au domicile de Mar Diagne
  • 28 mai exposé de Keïta Kassé. (p. 10)
  • Juin 1949 : Haidara Mahamane Alassane (Sénateur) sollicité pour faire un cours au G.E.C. Plusieurs réunions au domicile de Mar Diagne. La cotisation est de 100 F. Des cartes ont été commandées.
  • Juillet 1949 : G.E.C. : une réunion au domicile de Mar Diagne. Une vingtaine de personnes. Lecture et commentaire du dernier numéro des Cahiers du Communisme 132 .

G.E.C. de Conakry

Le G.E.C. de Conakry fut autorisé officiellement par lettre n° 962/APA du 26 avril 1946 du Gouverneur de la colonie 133. Mais il devait exister au moins de façon embryonnaire depuis 1944, avec Jean Arriola, venu d'Algérie, mais fils de Républicains espagnols, et peut-être né lui-même en Espagne, comptable des travaux publics. Autres membres européens :

  • Jean Biras, agent voyer
  • Rémi Léveillé et Ernest Fabre, instituteurs
  • André Eyquem, contrôleur des P.T.T.
  • des administrateurs des colonies
  • Edgar Raynaud, déjà mentionné
  • Guy Tirolien
  • Daguzay
  • Beretta.

Tirolien quitte la Guinée en septembre 1947 134 et on le retrouvera plus tard au R.P.F. ; Daguzay, d'après ce que nous avons pu voir dans les archives, avait été antérieurement, comme Commandant de cercle, un colonial bon teint, autoritaire et répressif. [Ce qu'il fallait prouver, faits et sources à l'appui ! — T.S. Bah]

Beretta avait été mêlé en 1933, en Côte d'Ivoire, à un scandale (un village “cassé”, 23 incarcérations, 4 morts en prison) qui avait été dénoncé à l'époque dans le journal du Secours Rouge La Défense et avait fait l'objet de questions écrites des députés communistes Monjauvis et Ramette 135.  A partir de 1947 il deviendra un des persécuteurs les plus acharnés du R.D.A. en Guinée, et continuera son action répressive anti-R.D.A. à Grand Bassam en 1949 (où il venait lui-même, de nuit, effectuer des “contre-appels” des détenus R.D.A. à la prison.) 136. A ces noms, on peut ajouter celui de Frank Berjon, planteur à Dubréka, communiste de longue date, en Guinée depuis 1927, mais qui, en raison de son éloignement, ne participait pas aux réunions du groupe. En dépit de sa couleur politique, qu'il ne dissimulait pas, il fut élu le 13 février 1947 Président de la Fédération bananière de Guinée (qui regroupait les planteurs européens) 137.

Les principaux militants africains étaient Sékou Touré, à l'époque commis des P.T.T., et qui devint secrétaire du G.E.C. après le départ d'Arriola, et Mamadou Madeïra Keïta, préparateur à l'I.F.A.N. (Institut français d'Afrique noire), chargé des archives locales. Saïfoulaye Diallo, muté au Niger, les rejoindra après 1948.

Le G.E.C. de Conakry comptait à l'origine deux “sections d'études” portant les noms de Pierre Sémard et Gabriel Péri 138. Les réunions se tenaient alternativement chez Arriola et chez Léveillé.
Dans un discours, Sékou Touré fait état de 44 groupes du G.E.C. en Guinée en 1947 : ce chiffre ne semble correspondre à aucune réalité ; il s'agit vraisemblablement d'une coquille du texte (44 pour 4). Il y avait en effet, avec les deux “sections” de Conakry, une “section” à Kankan et une autre à Mamou.

Section G.E.C. de Kankan

Sur la “section” de Kankan, un rapport de la Sûreté locale de juillet 1947 nous donne les renseignements suivants : “Les communistes européens sont assez peu nombreux, mais unis… Un seul étranger, Georges Yamine (libanais), 22 ans, dépositaire des journaux communistes dont L'Humanité, Ce Soir, France Nouvelle et au domicile duquel ont lieu, le plus souvent, les réunions. Les communistes se réunissent également assez fréquemment chez l'instituteur Léveillé.” Le rapport signale parmi les membres connus :

  • Léveillé, instituteur, Directeur de l'École régionale de Kankan (précédemment à Conakry)
  • Pierre-Marie Jeannaud, briquetier
  • René-Joseph Cazau, mécanicien à la C.C.I.C., ancien interné de Vichy et son frère, également employé à la C.C.I.C.
  • Pierre Drablier, ancien officier parachutiste 139.

Rien n'est dit des membres africains du groupe (un autre rapport affirme que les participants aux réunions étaient “surtout des métropolitains”) 140. Parmi eux, il y avait le futur ministre Moussa Diakité (exécuté sommairement avec les membres de la famille de Sékou Touré par les militaires en 1985).

Section G.E.C. de Mamou

Il y avait d'autre part une “section” à Mamou, qui se réunissait chez le chef de gare 141. Elle était animée par Canali, agent de la Compagnie du Niger Français, et comptait comme membres Crémoux, agent des Eaux-et-Forêts, Grance, instituteur, Lemaire et Gilardi, cheminots 142. Parmi les membres africains, l'instituteur Léon Maka 143.

Il y avait enfin des groupes ou des correspondants isolés à Forécariah (Camara Moussa Sanguiana et Joseph Montlouis), à Kindia à Kissidougou, à Télimélé (Rougeaud, instituteur) 144.

Le G.E.C. joua dans les premières années un rôle d'animation dans “France-U.R.S.S.” (responsable, Biras) 145 et dans l'“Union patriotique de Guinée”, autorisée par arrêté du 20 février 1945 et devenue section du “Front National” de l'A.O.F. Sékou Touré est mentionné en juillet 1945 comme secrétaire adjoint du Front National dont le secrétaire est un gaulliste, Gras, contrôleur des P.T.T. 146.

Le G.E.C. est également à l'origine du mouvement syndical : création par Sékou Touré le 18 mars 1945 du “syndicat professionnel des agents et sous-agents indigènes du service des transmissions de Guinée”, qui paraît être le premier syndicat africain constitué en Guinée avec Sékou Touré comme secrétaire général et Joseph Montlouis comme secrétaire général adjoint 147. C'est également Sékou Touré qui crée le 23 mars 1946 l'Union des syndicats confédérés de Guinée 148.

Sur le plan politique, le G.E.C. est à l'origine de la création, le 21 mars 1946 (statuts approuvés par le Gouverneur le 20 avril 1946) du “Parti progressiste africain de Guinée” 149 qui déléguera au Congrès de Bamako en octobre 1946 Madeïra Keïta et Sékou Touré, en même temps qu'y seront délégués des représentants des mouvements “ethniques” (Union du Mandé, Union Forestière, Amicale Gilbert Vieillard — qui groupe les Peuls —, Union de la Basse Guinée). Incapable de présenter des candidats lors des élections en raison de ses divisions internes, le Parti progressiste se disloque et ce sont des membres du G.E.C. (Sékou Touré, Madeïra Keïta, Jean Arriola, André Eyquem, Ernest Fabre, Guy Tirolien) qui constituent le 13 mars 1947 un “Comité d'union démocratique”, chargé de constituer la section guinéenne du R.D.A. (Assemblée Constitutive le 14 mars 1947) 150.
En fait, la section guinéenne du R.D.A. ne sera constituée, laborieusement, qu'en juin 1947 par adhésion — association du parti progressiste et des mouvements ethniques, avec Madeïra Keïta comme secrétaire général. Mais, dans les mois qui suivirent, les pressions administratives entraînèrent le retrait des associations ethniques, et il fallut reconstituer la section sur d'autres bases, beaucoup plus restreintes, le 30 juin 1948 151. C'est en 1950, lors de son deuxième Congrès, que la section guinéenne du R.D.A. prendra le nom de “Parti Démocratique de Guinée” (P.D.G.- R.D.A) 152.
La section guinéenne du R.D.A. publiera de septembre 1947 à juin 1948 un périodique, le Phare de Guinée.
Dès 1949 l'africanisation du G.E.C. est à peu près complète et il y a plus ou moins confusion entre le G.E.C. et les groupes d'études constitués au sein du R.D.A. après le 2ème Congrès du R.D.A. à Treichville.
Un rapport de police du 19 mai 1949 signale que des cours du G.E.C. se tiennent dans la concession d'Amara Soumah 153. Mais en fait, il s'agit des cours programmés par le R.D.A. lors du Congrès de Treichville. Les fonctionnaires africains ayant participé à ces cours seront systématiquement mutés. Le 17 mai 1949, se tient un meeting de protestation contre ces mutations, qui frappent notamment Ibrahima Diané, Yaya Niaré, Alfa Keïta, Moussa Diakité et Baba Camara 154.
Mutations et sanctions se multiplient. A N'Zérékoré, à la suite de manifestations organisées par le R.D.A. contre le chef de canton de Lola, quinze membres du R.D.A. sont arrêtés … Et le commandant de cercle ainsi que le “juge de paix à compétence étendue”, jugés trop “mous” dans la répression, sont eux-mêmes sanctionnés (encore une illustration de l'“indépendance” de la justice coloniale !) 155.

L'instituteur Mamadou Traoré (connu sous son nom de plume de Ray Autra) est condamné pour délit de presse à 35 000 F d'amende et de dommages et intérêts. Cette pénalité ayant été couverte par une souscription, l'intéressé est aussitôt condamné à nouveau pour “escroquerie” (on a vu que dans le régime colonial, toute souscription ou collecte de cotisations peut relever de ce chef d'inculpation) 156.

Le 28 avril 1950, une réunion du R.D.A. (avec 250 personnes) se tient dans la concession d'Amara Soumah à l'occasion du 50ème anniversaire de Maurice Thorez : Sékou Touré y retrace la vie de Maurice Thorez 157. Le premier Congrès du “Parti Démocratique de Guinée” se tient à Conakry du 15 au 18 octobre 1950. Le rapport d'activité y est présenté par Mamadou Madeïra Keïta, secrétaire général 158 . Le 15 novembre 1950, Madeïra Keïta est condamné à 6 mois de prison avec sursis et 100 000 F de dommages et intérêts pour diffamation (plaintes d'un administrateur et des ministres de la France d'Outre-Mer et de la défense nationale). La feuille ronéotypée Coup de Bambou que publie le P.D.G. collectionne les condamnations pour diffamation, “diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public”, et “outrage à magistrat de l'ordre administratif” (qui relaie l'“atteinte au respect dû à l'Autorité française” de l'indigénat…)

Fin 1950 et durant toute l'année 1951, le noyau dirigeant du R.D.A. en Guinée est secoué par les discussions autour du “désapparentement”. Parmi les opposants résolus à la nouvelle politique d'Houphouët, le Dr Pléah Koniba Coulibaly et le pharmacien Moussa Sané Diallo 159. La majorité, avec Sékou Touré et Madeïra Keïta, s'aligne, avec le souci de ne pas rompre l'unité du R.D.A.
Sékou Touré est muté au Niger, refuse de rejoindre et est révoqué ; il devient “permanent” syndical, dans des conditions matérielles très difficiles. Les 9 et 10 juin 1950, 6 000 à 7 000 travailleurs de Conakry (sur un total de 8 000 à 9 000) font grève pour le rajustement des salaires rongés par l'inflation : les salaires sont augmentés, mais la grève est déclarée “illégale”, en fonction d'un texte de 1937 sur l'arbitrage obligatoire, invoqué dans presque tous les conflits sociaux : 700 grévistes sont licenciés, et les membres du comité de grève dont Sékou Touré, sont incarcérés et condamnés 160.
Madeïra Keïta est également révoqué : pour des raisons familiales, il accepte fin 1951 une réintégration assortie d'une mutation au Niger (Dahomey, actuel Bénin) 161.
Selon Marie-Thérèse Diallo, un groupe de réflexion informel d'inspiration marxiste continua à fonctionner dans les années 1951-1952, mais sans l'étiquette du G.E.C. et désormais sans correspondre avec Paris 162.

G.E.C. d'Abidjan

Le G.E.C. d'Abidjan (Côte d'Ivoire) existait en 1945 ; dans sa rencontre avec le G.E.C. de Dakar précédemment mentionnée, le 23 avril 1945, Jean Dresch fait état de ses entretiens avec le G.E.C. d'Abidjan. Peut-être existait-il depuis 1944. Son existence officielle date de mars 1946.
Parmi ses membres européens, Rigo, administrateur, antérieurement à Libreville, responsable syndical, Philippe Francheschi (que Houphouët fera élire Conseiller de la République par le deuxième collège en 1945), Pouillet, animateur de France-URSS, Tiberghien, secrétaire du syndicat des cheminots, et qui sera jusqu'à son retour en France secrétaire du G.E.C. Dutamby, procureur à Grand Bassam, et surtout Jean Lambert, administrateur des colonies, ami et proche collaborateur du Gouverneur André Latrille (envoyé par la France libre pour remplacer le gouverneur vichyste en 1943). Latrille en avait fait son chef du bureau des A.P.A.S. (Affaires politiques, administratives et sociales). Quelques mots en passant sur ces deux hommes : Latrille n'était pas communiste, mais fut présenté comme tel, et la haine que lui vouaient les hauts fonctionnaires de la Rue Oudinot ainsi qu'à Lambert était telle que le journaliste suisse Charles Favrod, sur la foi de renseignements puisés à un tel niveau qu'il ne pensera pas à les mettre en doute, les présentera dans son livre publié en 1958 “Le poids de l'Afrique” comme deux anciens pétainistes cherchant à se dédouaner en versant dans le communisme 163. Or André Latrille, qui était en 1940 administrateur à Fort Archambault (aujourd'hui Sahr), fut un des premiers à soutenir l'entreprise d'Eboué et joua un rôle de premier plan dans le ralliement du Tchad à la France libre ! Quant à Jean Lambert, en service en A.O.F., il avait rejoint la Gold Coast et avait été de ce fait condamné à mort par contumace et à la confiscation de ses biens par le tribunal militaire permanent de Dakar en septembre 1942 !

Parmi les membres africains du G.E.C., nous trouvons Doudou Gueye, Koffi Gadeau, Bailly Tagros, Auguste Denise, Camille Gris 164.

En 1945, encore presque exclusivement européen, le G.E.C. prit dans sa majorité position contre Houphouët, en tant que “féodal” et “bourgeois”, accusant la minorité qui lui était favorable de “maladie infantile du communisme” (autrement dit de gauchisme), lui reprochant “une position anti-blanche contre laquelle s'insurgent les planteurs européens” 165. Dans un document interne daté de mai 1956 et déjà mentionné, l'auteur (Elie Mignot) indique qu'aux élections d'octobre 1945, “la campagne pour le second tour permit une réconciliation assez retentissante entre Houphouët et les dirigeants du Groupe qui l'avaient jusqu'alors vigoureusement dénoncé. Un mois plus tôt, lors des élections municipales à Abidjan, le G.E.C. publiait un appel disant : au deuxième collège, votez pour qui vous voudrez, sauf pour Houphouët-Boigny 166.”
L'artisan de ce retournement, probablement le chef de la minorité prétendue “gauchiste” de la période précédente, était Jean Lambert.
Jusqu'en 1945 le G.E.C. avait animé France-URSS (créé en janvier 1945), le Front National, les “Amis de l'Humanité” (créés en juillet 1945) 167.
A partir de la fin de 1945, une collaboration étroite s'établit entre le G.E.C. et Félix Houphouët-Boigny, créateur du syndicat agricole africain, qui réunissait les planteurs africains, alors en violent conflit avec les planteurs européens. C'est alors que commença l'africanisation des G.E.C. Il contribua à la création en avril 1946 du “Parti démocratique de Côte d'Ivoire”.
Elu député en 1945, Houphouët-Boigny s'apparenta au groupe communiste, en même temps que le député du Soudan Fily Dabo Sissoko, qui devait, lui, être rapidement repris en mains par la rue Oudinot 168.

Houphouët ne participa jamais de manière permanente aux activités du G.E.C., et en ce sens il n'y appartint jamais. Mais il assista à certaines séances et, selon son propre témoignage, “il avait prescrit à tous les dirigeants syndicaux et politiques de s'y inscrire pour y assurer leur formation politique 169.”

La répression engagée contre le R.D.A. met en question l'existence du G.E.C. Les militants européens, ici comme ailleurs, sont progressivement éliminés. Lambert avait quitté la Côte d'Ivoire en même temps que le Gouverneur Latrille, en 1947. “Bête noire” de la rue Oudinot, il est révoqué sans pension, sans aucun motif, et devra intenter une longue action devant les juridictions administratives pour être finalement rétabli dans ses droits et bénéficier de sa retraite. Rigo est remis à la disposition du Ministre en février 1949. Philippe Francheschi, non représenté en 1951, perd son siège au Conseil de la République, mais étant contractuel dans l'administration, il se retrouve au chômage et deviendra employé de commerce aux Halles de Paris.
Quant aux militants africains, ils sont pratiquement tous en prison depuis janvier 1949 : seuls, les parlementaires, couverts par leur immunité parlementaire, sont en liberté.
Le rapport politique du Gouverneur Péchoux pour 1949 signale que le G.E.C. était “tombé en sommeil. M. Trémouille a été chargé par le comité R.D.A. en novembre 1949 de reprendre en mains cette association” 170.
Malgré les arrestations qui se poursuivent dans toute la Côte d'Ivoire en 1950, l'action se poursuit, autour notamment du journal ronéotypé “Le Démocrate” dont le principal rédacteur est un membre du G.E.C., Yves Mathieu. Un rapport l'accuse d'être en relation avec N'Krumah (ce qui est probablement fantaisiste) 171 . Nous savons par une intervention du conseiller de l'Union française Louis Odru 172 que les locaux du “Démocrate” furent perquisitionnés en juillet 1950, et les archives du journal saisies, afin de tenter d'identifier les auteurs des articles publiés.
Un dossier administratif contient la copie d'une lettre (ouverte par les services de police) d'Yves Mathieu, datée du 24 mai 1950, à un militant africain ; il y propose de partager sa solde pour rétribuer provisoirement un permanent syndical, en attendant les rentrées de fonds, afin de réorganiser le mouvement syndical. Il propose aussi (comme il l'avait déjà fait pour le “Démocrate”), de mettre à sa disposition une machine à écrire lui appartenant 173.

Avec le “retournement” d'Houphouët à la fin de 1950, le G.E.C. cessa définitivement d'exister.

G.E.C. de Niamey

Sur le G.E.C. de Niamey (Niger) nous disposons des données des archives et du témoignage du Gouverneur Marcel Faure (ancien combattant F.F.L., gravement blessé à Bir Hakeim), alors secrétaire général du Territoire du Niger et qui fut à l'origine de sa création. L'autre protagoniste majeur de cette création fut le guinéen Saïfoulaye Diallo, commis des trésoreries de l'A.O.F. alors en poste à Niamey.
Suivant une inspiration qui fut partagée par de nombreux Africains à l'époque, Saïfoulaye Diallo avait écrit le 4 décembre 1946 à Marcel Cachin, pour solliciter son adhésion au Parti communiste français. C'est Raymond Barbé qui fut chargé de lui répondre, et nous avons le texte de cette lettre, datée du 27 décembre, lettre qui fut ouverte et recopiée par le “cabinet noir”, pour être versée à son dossier !
Raymond Barbé lui expose pourquoi le Parti communiste français n'existe pas en tant que tel “hors du territoire métropolitain”. Il lui indique que les communistes résidant en Afrique noire doivent militer dans les organisations démocratiques locales, et, au Niger, dans le Parti progressiste nigérien section locale du R.D.A. qui vient de se constituer, afin de lutter contre l'oppression colonialiste. Ce qui “n'empêche pas ceux qui le désirent, par suite de leur sympathie pour les idées communistes, de se grouper par ailleurs au sein des Groupes d'Etudes Communistes où ils perfectionnent leur éducation communiste et leur formation politique en vue de servir au mieux l'orientation et les buts de leur parti, et de s'y montrer les meilleurs”. Il lui signale qu'au Niger il n'y a pas de groupe d'études communiste constitué, et il lui conseille de prendre contact avec l'administrateur Faure, secrétaire général du gouvernement, “un bon camarade dont la fonction élevée dans la hiérarchie n'a pas attiédi les convictions” 174.
En fait, la création du G.E.C. avait devancé d'un mois la lettre de Raymond Barbé ; si l'on en croit le gouverneur Toby (colonial répressif et borné — le seul Gouverneur nommé par Vichy, dans des conditions que nous avons vues, à être resté en poste après 1943) et son chef de la Sûreté, le G.E.C. aurait tenu sa première réunion chez l'administrateur Piozin, le 25 novembre 1946. Les statuts furent déposés en janvier 1947. Contact ayant été pris entre-temps avec Saïfoulaye Diallo, c'est au domicile de ce dernier qu'aurait été tenue la seconde réunion, le 20 février 1947. Le rapport attribue la création du G.E.C. au secrétaire général Faure, par l'entremise de Piozin, adjoint au commandant de cercle de Niamey, qualifié par le rapport de police de “catholique pratiquant” 175, “affecté au Niger à la demande de M. Faure et entièrement dévoué à ses ordres” 176.

Saïfoulaye Diallo, d'origine guinéenne, d'une famille de l'aristocratie peule de la région de Labé, fut le premier secrétaire général du G.E.C. de Niamey, élu en février 1947. Il sera un moment secrétaire général du Parti progressiste nigérien 177. Il sera, au moment de l'indépendance de la Guinée, Président de l'Assemblée nationale, puis Ministre d'État.

Le Président du G.E.C. est Djamballa Yansambou Maiga, commis expéditionnaire en disponibilité (en instance de commission d'enquête). Un rapport de police le qualifie de “personnage peu recommandable tant par sa moralité que par ses états de service ” (du point de vue colonial, s'entend !) 178. Un autre rapport, dont l'auteur était apparemment peu versé dans l'histoire locale, le situe comme “descendant du Pacha de Tombouctou, Askia Mohammed” (sic) 179.
Djamballa Yansambou avait participé au Congrès de Bama!co ; après l'indépendance, il sera Ministre de l'Intérieur du Ntger. Le secrétaire-adjoint est François Perret (métis), commis expéditionnaire au bureau des Affaires politiques et administratives ; le trésorier général est Samba Hamma, commis expéditionnaire au cercle de Niamey ; trésorier adjoint, Sama El Hadj, commis expéditionnaire au cercle de Niamey. Membres du bureau: Issa Yansambou Maïga (frère de Djamballa) et Mazaousse Abdou, mécanicien à l'usine électrique de Niamey, secrétaire général du syndicat des ouvners constitué à Niamey le 25 février 1947.
Le rapport politique du premier trimestre 1947 note que le Groupe “est exclusivement composé d'indigènes. Plusieurs des membres du P.P.N. (Parti progressiste nigérien) parmi les plus actifs s'y sont inscrits” et qu'“il n'est pas sans intérêt de noter que la campagne de dénigrement systématique des autorités locales (Européens et Africains) a commencé avec la création d'un Groupe d'études communiste à Niamey 180. Il ne semble pas que l'administrateur Piozin ait fait partie du G.E.C. En tous cas, le Gouverneur Toby, retour de congé, ‘fait le ménage’ : il fait muter le secrétaire général Faure, puis Saïfoulaye Diallo, et écrit dans son rapport politique pour 1947 : “le groupe d'études communiste, créé sous l'influence d'un Européen, tombe en sommeil après le départ de son animateur 181.
Pour pas très longtemps, semble-t-il, puisque la Sûreté mentionne en 1949 l'activité du G.E.C., qu'elle donne pour animé par Djibo Bakary, François Perret et Boubou Hama (principal dirigeant du P.P.N. après Hamani Diori, et Président de l'Assemblée nationale nigérienne après l'indépendance), signale qu'il comprend les adhérents (du P.P.N.) “les plus évolués” et notamment les “Sarkin Samari” (chefs des groupements de jeunesse, institution traditionnelle ranimée par le R.D.A.) de Niamey, et qu'ils y sont “éduqués” par les précédents 182. On peut se demander si, comme ce fut le cas pour la Guinée, l'administration n'a confondu le G.E.C. avec les groupes de formation dont la création avait été décidée par le Congrès de Treichville du R.D.A. En effet, dans ses souvenirs, Djibo Bakary affirme que, contrairement à Boubou Hama, il ne fut jamais membre du G.E.C. 183.

G.E.C. de Cotonou

Il y avait à Cotonou (Dahomey — aujourd'hui Bénin), un G.E.C. fondé par un professeur au collège technique, Jacques Krempff, sous l'appellation de “Groupe d'études sociales du Dahomey” : sa date de fondation nous est inconnue (au plus tard 1946 ?). Avec son collègue Griveau, également professeur au Collège technique, Krempf est l'animateur des syndicats (il est co-secrétaire général de l'“Union des syndicats confédérés du Dahomey”, avec le Dahoméen Guillaume Fagbamigbé) et il anime le mensuel de la C.G.T. locale “Le Travail”, qui “paraît régulièrement” en 1947, à partir du mois d'août 184.
Le rapport politique de 1948 attribue à Jacques Krempff et à Albert Paraiso (militant du R.D.A. de la Côte d'Ivoire originaire du Dahomey, qui au moment de la rédaction du rapport, début 1949, est emprisonné à Grand Bassam avec l'ensemble des dirigeants du R.D.A. ivoirien), la création du R.D.A. au Dahomey, le 9 mars 1948, après que le député  Apithy ait lui-même quitté le R.D.A. 185. Le même rapport signale que “l'Humanité compte d'assez nombreux abonnés au Dahomey”. Krempff est mentionné en 1949 comme animateur de la sous-section R.D.A. de Cotonou qui se réunit hebdomadairement “sous l'impulsion de M. Krempff … créateur du “Groupe d'études sociales du Dahomey“ 186. Nous ignorons si les principaux militants R.D.A. de l'époque sont membres du “Groupe” : parmi eux, Gatte, un Antillais, greffier au tribunal de Cotonou, secrétaire général de la sous-section de Cotonou, et Gutenberg Hunkanrin, apparenté au vieux militant anticolonial Louis Hunkanrin 187. Gatte est muté à Gao en mai 1949 ; Hunkanrin, venu de Côte d'Ivoire à Porto-Nova, début avril 1948 y anime la sous-section locale 188. En 1949, il publie trois numéros du journal Le Trait d'union, et dès septembre 1949, il est poursuivi pour délit de presse ; il doit reconnaître avoir servi d'intermédiaire à son parent Louis Hunkanrin, qui, à nouveau, est poursuivi, et, comme pendant la guerre de 1914-1918, s'est réfugié dans un village frontalier du Nigeria 189. Plus sûrement, appartient au “Groupe d'études sociales” le cheminot catholique Jules Houénou, trésorier de la sous-section R.D.A. de Cotonou … et trésorier du syndicat des cheminots C.F.T.C. du Dahomey. En effet, lorsque Jacques Krempff quitte définitivement le Dahomey le 18 juillet 1949, à en croire la Sûreté, c'est Jules Houénou qu'il charge de diriger le “Groupe d'études sociales”, tandis qu'il confie ses archives à Gnacadja, calqueur aux Eaux-et-Forêts de Cotonou 190.
Autres militants actifs signalés comme appartenant au “Groupe” : Boniface Houénou et Paul Doffon.
“Avec le retour en France de Krempff, note la Sûreté … le R.D.A. perd un de ses propagandistes les plus actifs au Dahomey” 191. Et le rapport politique pour 1949 renchérit, déclarant le R.D.A. “démantelé … après le départ de M. Krempff, remis à la disposition du Ministre de l'éducation nationale et après les di verses mutations prononcées à l'encontre de fonctionnaires militant dans le parti 192.”
En 1950, Gutenberg Hunkanrin publie un autre journal, L'éveil  (premier numéro le 15 avril, ensuite 4 numéros, en juin, juillet, août, septembre). Le premier numéro paru en avril publie un article de Krempff “ancien professeur au lycée technique de Cotonou” sur le thème: “Le R.D.A. n'est pas ennemi de la religion” 193. Notons à ce propos que les difficultés du R.D.A. ne sont pas sans relation avec l'influence des Missions catholiques dans le Dahomey méridional. Le premier député du “deuxième collège” élu en 1945 avait été un missionnaire, le R.P. Aupiais. Ainsi s'explique le maintien à la C.F.T.C. (Confédération française des travailleurs chrétiens) du syndicat des cheminots. En 1948, le syndicat des cheminots du Bénin-Niger avait quitté la C.F.T.C., à l'issue de la grande grève de plus de cinq mois des cheminots africains· de l'A.O.F. (10 octobre 1947-19 mars 1948) ; ceci devant l'évidence de la collusion avec le pouvoir de l'ancien leader syndical C.F.T.C. Joseph Dumas, devenu député M.R.P., venu faire pression sur eux pour leur faire reprendre le travail ; le lendemain même de son départ, devant leur refus de se plier à ses injonctions, les dirigeants du syndicat avaient été arrêtés 194. Ils revinrent ensuite à la C.F.T.C. sous la pression de l'Église, et opposèrent leur veto à l'adhésion de la Fédération des cheminots africains à la C.G.T. Cela n'empêchait pas certains de leurs dirigeants d'avoir des positions très avancées, voire d'appartenir au G.E.C., comme dans le cas de Jules Houénou.
Le rapport politique du Dahomey pour 1951 note que le leader du syndicat des cheminots, Edoh Coffi Corneille, après avoir, en mai assisté au Congrès de la C.F.T.C. en France, a participé, avec le représentant de la C.G.T. du Dahomey, Bruno Tohoungodo, à la 3ème conférence des territoires d'Outre-Mer précédant le 28ème Congrès de la C.G.T., où il aurait dit: “Jamais les travailleurs africains n'iront s'asseoir à côté d'une C.G.T.-F.O. ou d'une C.I.S.L.” 195. Le même rapport réaffirme que le R.D.A. est en sommeil, en ajoutant : “Paul Doffon continue sans doute à vendre quelques brochures du parti communiste, mais sa triste personnalité ne peut lui assurer des adhérents 196.”

G.E.C. de Haute-Volta

En Haute-Volta, le “Groupement d'études communistes” aurait été fondé, selon le Gouverneur Mouragues, à Bobo-Dioulasso, “dans la nuit du 23 au 24 octobre (1948), au cours d'un passage de M. Barbé (Conseiller de l'Union française, membre du Comité central du Parti communiste français) ; il n'englobe que des leaders du R.D.A. Son bureau est ainsi composé” :

  • Secrétaire général : Daouda Diallo
  • Secrétaire-adjoint : Joseph Quenum (commis des services financiers) récemment expulsé du Niger
  • 2ème secrétaire-adjoint : Gnan Ouattara (commis des services financiers) récemment expulsé du Niger, assistés de cinq membres du bureau parmi lesquels il faut citer M. Ouezzin Coulibaly, député, et François Vinama, secrétaire  général du R.D.A. (en Haute-Volta. J.S.-C.) 197.

Diallo Daouda, commis des P.T.T. était secrétaire à l'organisation du R.D.R. en Haute-Volta. Raymond Barbé, consulté, nous a déclaré n'avoir aucun souvenir de cet événement, mais le pense possible.
En 1949, le rapport de la Sûreté pour le mois de janvier signale que la correspondance du G.E.C. avec Paris (Raymond Barbé) est assurée par Demba Diallo, commis des finances, et par ailleurs secrétaire-adjoint de la sous-section de Bobo-Dioulasso du R.D.A., avec Antoine Yoko, également membre du G.E.C. 198.

En avril, “activité du R.D.A. des plus minimes, celle du G.E.C. par contre ne s'est pas démentie un seul instant”. La correspondance est adressée au nom de Demba Diallo. On a discuté de l'admission éventuelle du journaliste français Paul Seligman, ancien des Forces Françaises Libres, militant du R.D.A. de Haute-Volta “qui n'appartenait pas au P.C. en France” 199.

En juillet, on signale “le renfort de Diallo Saïfoullaye, affecté à Bobo-Dioulasso”. C'est à cette occasion qu'une copie de la lettre que lui avait adressée Raymond Barbé en 1946 est versée à son dossier 200.

En août, toujours selon la Sûreté, “les circulaires du R.D.A venant de Paris sont indifféremment lues et commentées au R.D.A. et au G.E.C. qui de plus en plus fusionnent.” 201

Par la suite, il ne sera plus fait mention du G.E.C.

Conclusion

Fragilisés par les expulsions et les mutations, les G.E.C., presque entièrement africanisés en 1950, ne survivront pas, sauf exceptions, au “retournement” de la direction du R.D.A. fin 1950.
Après 1951, il y aura encore des correspondants de la “section coloniale” en divers points d'Afrique, mais pratiquement plus de G.E.C.

L'importance de leur rôle dans la période 1944-1950 s'explique par un double phénomène de conjoncture : d'une part, la poussée démocratique qui marqua la fin de la Seconde Guerre mondiale, le prestige acquis par les communistes à travers leur rôle dans la Résistance et à travers le rôle de l'Union soviétique dans la guerre, entraîna, y compris en milieu européen, un courant de sympathie, qui, même sans tenir compte de certaines adhésions “opportunistes”, permettra aux rares communistes français jusque-là isolés dans les territoires coloniaux d'Afrique noire, de se regrouper et d'intervenir en tant que tels dans la vie politique et syndicale, ce qui eût été impensable avant-guerre.

Leur rencontre avec les pionniers du mouvement africain d'émancipation apporta à ceux-ci un certain nombre de connaissances politiques, des principes d'analyse économique, sociale et politique, des méthodes d'organisation et d'action, dont ils se servirent pour organiser syndicats et partis ou mouvements politiques. Certains, en restant fidèles à leurs principes initiaux, comme Ruben Um Nyobé au Cameroun ; d'autres, comme Félix Houphouët-Boigny ou Léon M'Ba, en prenant plus ou moins rapidement un chemin différent, correspondant aux exigences des couches sociales auxquelles ils appartenaient.

Notes
77 bis. F. Zuccarelli. La vie politique sénégalaise (1789-1940) Publications du C.H.E.A.M., Paris, 1987, p.126.
78. Nicole Bernard-Duquenet. Le Sénégal et le Front populaire. Paris, L'Harmattan, 1985, p. 65.
79. L'Humanité, 31 juillet 1937.
80. Ruth Schachter-Morgenthau, o.c., p. 183.
81. In R.D.A. — 40 ans, o.c., t. II, p. 109-110.
82. Cf. Afrique noire, t. III, o.c. , p 17.
83. Ibidem, p. 21-22. Derrière ce titre prudent se dissimule la première organisation politique spécifiquement africaine, qui apparaît comme le précurseur du R.D.A.
84. A.N.S.O.M. A.P. 955 ; Synthèse des informations sur les partis politiques à Dakar et au Sénégal du 1er au 30 septembre 1946. 2 novembre 1946.
85. A.N.S. 17 G 560 (152) R.D.A. Haute-Volta (copie d'une lettre adressée par Raymond Barbé à Saïfoullaye Diallo, datée du 27 décembre 1946).
86. Djibo Bakary. Silence, on décolonise… Paris, L'Harmattan, 1992, p. 116.
87. A.N.S. 21 G 91 (17) Activité des partis politiques en A.O.F., 1945-1946.
88. Voir note 40.
89. A.N.S.O.M. 2 G 46-124 Bulletin de renseignements politiques, septembre 1946.
90. A.N.S., 21 G 85 (17) Associations de caractère patriotiques nées avec la guerre. Victimes de Vichy ; A.N.S. 21 G 116 (48), Amicale des anciens élèves de l'École William Ponty.
90 bis. Cf. Jean Capelle. L'éducation en Afrique à la veille des indépendances. Paris, Khartala - ACCT, 1990, p. 60.
91. Le Dr Marc Atti-Dépé a été assassiné le 5 mai 1992 dans une embuscade tendue dans la région de Sokodé où il circulait en compagnie de Gilchrist Olympio, fils du Président du Togo assassiné par Eyadéma et lui-même grièvement blessé dans l'attentat.
92. A.N.S. 2 G 49-123 Délégation de Dakar, services de police et sûreté. Évolution de la situation politique et sociale, année 1949.
93. A.N.S.O.M. Inspection générale du travail. Carton 11, dossier 5. Notes confidentielles du 1er et du 11 mars 1949.
94. A.N.S. 2 G 49-123. mars 1949.
95. A.N.S. 17 G 559 (152).
96 . Lettre du 21 avril 1950 du secrétaire général de la F.M.J.D., Guy de Boysson, au Ministre de la France d'Outre-Mer. A.N.S.O.M. A.P. 2143-3 Affaires individuelles.
97. Télégramme au Ministre. 15 avril 1950. A.N.S.O.M. A.P. 2143-3.
98. A.N.S. 17 G 559 (152) R.D.A. Sénégal 1947-1955. Renseignements généraux, note du 18 avril 1950.
99. A.N.S. 2 G 50-124 A.O.F. Direction du cabinet, note n° 3, 30 juin 1950.
100. André Giresse, Philippe Bernert. Seule la vérité blesse. Paris, Plon, 1987 p. 55-56.
101. Ibidem.
102. Le maoïsme n'existait pas encore et il n'y avait pas de trotskistes au Sénégal (sauf un jeune administrateur, qui se tenait soigneusement à l'écart de telles manifestations “staliniennes” !).
103. A.N.S.O.M. A.P. 2143-3 (102).
104. A. Giresse … o.c., p. 56.
105. A.N.S. 17 G 559 (152) Sûreté, 10 mars 1949.
106. A.N.S.O.M. A.P. 2136-7 Justice.
107.A.N.S. 2 G 50-124 A.O.F. Direction du cabinet. Synthèse mensuelle, Note W 3, 30 juin 1950; A.D.N. Dakar 161 et 392.
108. A.N.S. 17 G 531 (144) Presse. Procès contre le journal Réveil, (1948- 1950).
109. A.N.S. 2 G 50-124 Note W 3, 30 juin 1950.
110. A.N.S. 17 G 559 (152) Renseignements généraux, 27 décembre 1950.Et papiers de Joseph Roux communiqués par son fils.
111. A.N.S. 2 G 50-143 Sénégal, Affaires politiques, 1er trimestre 1950.
112. A.N.S. 2 G 47-125 Affaires politiques, Mauritanie, 2ème trimestre 1947 et 2 G 47-132 Sénégal-Service de la Sûreté, synthèses mensuelles juillet et août 1947)
113. A.N.S. 17 G 559 (152) Lettre du Gouverneur du Sénégal au Haut-Commissaire, 21 février 1951.
114. Marie-Thérèse Diallo, 18 août 1991.
115. A.N.S. 17 G 559 (152).
116. A.N.S. 2 G 46-124 Sénégal. Rapports politiques. septembre 1946.
117. A.N.S. 2 G 46-124 Sénégal, Rapports politiques, novembre 1946, 2 G 46-125 Rapport du 4ème trimestre 1946, A.N.S. 17 G 559 (152) Renseignements généraux, 25 mai 1947 ; signale Alao Fari comme “secrétaire de la section R.D.A. de Thiès”.
118. A.N.S. 17 G 559 (152) R.D.A. Sénégal 1947-1955, Renseignements généraux, 5 novembre 1946.
119. Ibidem, Renseignements généraux, 23 février 1947.
120. Voir note 40.
121. A.N.S. 17 G 559 (152) Renseignements sur I'U.D.S., 10 décembre 1948.
122. A.D.N. Dakar-161. Rapport du commissaire de police de Kaolack du 9 mai 1952. En annexe, des photocopies de la correspondance reçue par Na Dialo !
123. M-T. Diallo, 31 octobre 1990.
124. Joseph Eyraud, 20 octobre 1986.
125. A.D.N. Dakar, 161. Rapport du 26 septembre 1952: “La section R.D.A. qu'il avait commencé à fonder a commencé à se dissoudre avant son départ et après a cessé d'exister.”
126. Témoignages de Pierre Morlet et Abdoulaye Diallo (19 mars 1984).
127. Décédé en 1952.
128. A.N.S. 2 G 47-143 Soudan. Rapport sur l'activité des partis politiques, 2ème trimestre 1947, p. 6.
129. A.N.S.O.M., A.P., 976, Rapport politique du Gouverneur Louveau pour 1948. Le bureau de l'Union Soudanaise R.D.A. est constitué comme suit : Modibo Keïta, secrétaire général, Kassé Keïta, secrétaire adjoint Idrissa Diarra, Abdoulaye Singaré.
130. A.N.S. 2 G 46-134 Soudan, Affaires politiques, Rapport de janvier 1946.
131. Ibidem.
132. A.N.S. 2 G 49-144 ; Services de Sûreté du Soudan Français. Rapports mensuels.
133. Témoignage de Joseph Montlouis (9 avril 1983).
134. Un vin d'honneur est donné par la section guinéenne du R.D.A. à l'occasion de son départ (Phare de Guinée, n°2, 15 octobre 1947).
135. A.N.S .O.M. A.P. 567. Côte d'Ivoire, 1924-1941.
136. A.N.S.O.M. A.P. 956, Une proposition de résolution des élus communistes et R.D.A. (Assemblée nationale n° 8838 du 24 décembre 1949) dénonce son rôle en demandant la mise en liberté provisoire des détenus.
137. La Guinée Française, n° 3002, 20 février 1947.
138. M. Madeïra Keïta, 17 avril 1987.
139.A.N.S. 17 G 573 (152) R.D.A.-Guinée, 1947-1957. Kankan, Sûreté, Juillet 1947.
140. A.N.S. 2 G 47-121 Guinée, Affaires politiques et administratives. Revue trimestrielle des événements. !er trimestre 1947, p. 8.
141. Ibidem.
142. Source : renseignement communiqué par M. Sidiki Kobélé Keïta.
143. Joseph Montlouis, 9 avril 1983.
144. M. Madeïra Keïta, 17 avril 1987 et Joseph Montlouis, 9 avril 1983.
145. Réunion convoquée pour le 17 juillet 1945 (La Guinée Française, 812, 30 juin 1945).
146. La Guinée Française, W 709,812 (30 juin 1945) et 817 (6 juillet 1945), témoignage de Frank Berjon, 1970.
147. Sidiki Kobélé Keïta : o.c., tome 1, p. 176.
148. Ibidem, p. 180.
149. Ibidem, p. 170.
150. Ibidem, p. 193.
151. Ibidem, p. 218-219.
152. Ibidem, p. 238-239.
153. A.N.S. 17 G 573 (152) Police, 19 mai 1949.
154. A.N.S. 2 G 49-126 Sûreté de la Guinée française. Rapports mensuels, mai 1949, p. 3.
155. A.N.S. 17 G 573 (252); R.D.A. N'Zérékoré, 1949.
156. A.N.S. 2 G 49-126 Sûreté; rapport mensuel août 1949 et 2 G 50-133 . Guinée française, rapport politique 1950.
157. A.N.S. 17 G 573 (252) Police, 7 mai 1950.
158. Ibidem.
159. A.N.S. 17 G 573 (152) 16 octobre 1951.
160. A.N.S. 2 G 50-48. Inspection territoriale du travail de la Guinée française. Rapport annuel 1950.
161. A.N.S. 2 G 52-181, revue trimestrielle … 4ème trimestre 1952.
162. M-T. Diallo, 31 octobre 1990.
163. Charles-Henri Favrod. Le poids de l'Afrique. Paris, Ed. du Seuil, 1958, p. 113-114.
164. Cf. Jean-Noël Loucou. La vie politique en Côte d'Ivoire de 1932 à 1952. Thèse de 3° cycle, Aix-en-Provence, 1976, 2 vol. ronéo. 608 p. : p. 256-259.
165. G.E.C. de Dakar. P. V. W 44 du 23 mai 1945.
166. Voir document : “Conditions dans lesquelles sont nées les organisations politiques et syndicales en Afrique noire” (Elie Mignot, mai 1956).
167. J.N. Loucou, i.e.
168. Cf. Document cité dans la note 166.
169. J.N. Loucou, i.e.
170. A.N.S. 2 G 49-112. Rapport politique 1949 - Côte d'Ivoire p. 59.
171. A.N.S. 2 G 50-124 A.O.F. Direction du cabinet. Synthèses mensuelles, Note n°3, 30 juin 1950, p. 23.
172. Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée de l'Union française. Séance du 30 janvier 1951. p. 89.
173. A.N.S. 17 G 271. Activités syndicales dans les territoires de la Fédération. A. Côte d'Ivoire.
174. Cf. note 85.
175. A.N.S.O.M. A.P. 2201-11. Renseignements sur le Groupe d'études communiste au Niger. Service de la Sûreté n° 1751 P.S. du 23 avril 1947.
176. A.N.S.O.M. A.P. 2201-11. Lettre au Ministre du Gouverneur Toby en date du 14 mai 1947.
177. A.N.S.O.M. A.P. 2201-11. Renseignements sur le nommé Diallo Saïfoullaye.
178. A.N.S. 2 G 46-116 Niger. Affaires politiques. Bulletin de renseignements mensuel, octobre 1946.
179. L'Askia Mohammed fut le fondateur de la dernière dynastie de l'Empire sonrhay de Gao, renversée par l'invasion de mercenaires (renégats espagnols) au service du sultan du Maroc ; le pacha représentait le sultan du Maroc. Les Maïga sont les descendants de la dynastie sonrhay, et non des pachas de Tombouctou.
180. A.N.S. 2 G 47-130. Niger, Affaires politiques. Revue trimestrielle. Premier trimestre 1947, p. 7-8 (daté du 23 avril 1947).
181. A.N.S.O.M. A.P. 3449.
182. A.N.S. 2 G 49-135 Niger, Service de Sûreté. Rapports mensuels. Décembre 1949.
183. Djibo Bakary, o.c., p. 116.
184. A.N.S. 2 G 47-48. Dahomey-Niger, Inspection du travail, Rapport annuel 1947 et 2 G 47-111 Dahomey; bureau des affaires politiques et administratives. Revue trimestrielle des événements. 3ème trimestre 1947.
185. A.N.S. 2 G 48-35 Dahomey. Rapport politique annuel 1948.
186. A.N.S. 2 G 49-116 Dahomey, affaires politiques. Évolution des partis politiques (6 mai 1949).
187. Louis Hunkanrin, un des premiers instituteurs sortis de l'École normale de St Louis au début du siècle, et l'un des premiers militants africains anti-colonialistes “modernes”. Déporté dix ans en Mauritanie (1923-1933), à nouveau déporté au Soudan par Vichy en 1941 pour gaullisme… mais relevé seulement en 1947 de son interdiction de séjour au Dahomey, suite à une campagne du Secours Populaire ! Voir sur Louis Hunkanrin (1886-1964) A.I. Asiwaju, Guy Landry Hazoumé, J. Suret-Canale, Mathias F. Oké, Guillaume Da Silva: La vie et l'oeuvre de Louis Hunkanrin, Cotonou, Librairie Renaissance, 1977, 254 p.
188. A.N.S. 17 G 563 (152) R.D.A. Dahomey.
189. A.N.S. 2 G 49-118. Dahomey, Service de la Sûreté, août et septembre 1949.
190. Ibidem, juillet 1949.
191. Ibidem, juillet 1949.
192. A.N.S. 2 G 49-36 Dahomey, Rapport politique 1949, p. 18.
193. A.N.S. 2 G 50-130 Dahomey, Affaires politiques. Revue des événements du 2ème trimestre 1950.
194. Cf. J. Suret-Canale. “La grève des cheminots africains d'A.O.F. (1947-1948)”, Cahiers d'Histoire, n° 28, 1978, p. 100-101.
195. A.N.S. 2 G 51-37 Rapport politique 1951.
196. Ibidem, p. 22.
197. A.N.S. 2 G 48-34. Haute-Volta, Rapport politique 1948, p. 46. et 2 G 48-121. Haute-Volta, Service de la Sûreté, Rapport mensuel décembre 1948.
198. 2 G 49-130.Service de la Sûreté, Haute-Volta. Rapports mensuels, janvier et février 1949.
199. Ibidem, avril 1949.
200. Ibidem, juillet 1949.
201. Ibidem, août 1949.