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Jean Suret-Canale
Les Groupes d'Études Communistes en Afrique noire (1943-1951)

Paris : Editions l'Harmattan, 1994. 185 p. : ill.

Jean Suret-Canale. Les groupes d'Études Communistes en Afrique noire (1943-1951)

Introduction

A Raymond Barbé

De 1943 à 1951 (environ), les “Groupes d'Études Communistes” (G.E.C.) déployèrent en Afrique tropicale française (A.O.F., A.E.F., Cameroun) et accessoirement dans d'autres territoires coloniaux (Madagascar, Djibouti, territoires français du Pacifique) une activité de propagande et de formation de cadres qui a peu été étudiée. Pour l'Afrique noire, elle a été signalée et brièvement étudiée par Mme Ruth Schachter-Morgenthau dans son livre Political Parties in French Speak:ing Africa 1. Les auteurs qui en ont traité par la suite n'ont fait en général que la démarquer 2.
Bien que l'auteur soit ici à la fois témoin et acteur en même temps qu'historien 3, il s'est heurté à l'insuffisance des sources.
Les témoins survivants sont peu nombreux, âgés, et ne disposent pas en général d'archives personnelles. Nous nous sommes efforcé de recueillir auprès d'eux le maximum de données, en deux temps (le second, en réaction à une première ébauche de ce texte rédigée en 1986).
Les Archives de la section coloniale du Parti communiste français (à partir de 1947 : “Groupe des élus communistes de l'Union française” — G.E.C.U.F.), qui entretenait une correspondance avec les G.E.C. et dont le responsable de 1946 à 1950, Raymond Barbé, adressait régulièrement des circulaires aux G.E.C., ont disparu 4.
Ces correspondances, il est vrai, étaient très fréquemment ouvertes et reproduites par les services de police : nous en avons ainsi retrouvé quelques-unes dans les archives officielles 5.
Depuis 1976, le délai de consultation des archives officielles (sous réserve d'exceptions assez nombreuses) ayant été ramené de 50 à 30 ans, nous avons pu recueillir de nombreuses données dans les dépôts d'archives ouverts aux chercheurs : Archives nationales, Section Outre-Mer, jadis rue Oudinot, aujourd'hui Archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence, série “Affaires politiques” ; Archives Nationales du Sénégal — anciennes archives fédérales de l'A.O.F. ; Archives diplomatiques de Nantes (Affaires Étrangères) — versement de l'Ambassade de France à Dakar, contenant de nombreux dossiers d'archives concernant la colonie puis territoire du Sénégal et l'A.O.F..
Ces documents d'archives, pour ce qui intéresse notre sujet, sont essentiellement des rapports des divers services de police (police, sûreté, renseignements généraux, gendarmerie, services de renseignements de l'armée). Les séries en sont très fragmentaires et discontinues (il s'agit des pièces retenues par les autorités politiques pour élaborer leurs rapports et correspondances à destination du Ministre de la France d'Outre-Mer). Les archives de ces divers services de police, si elles ont été conservées, doivent être beaucoup plus riches et complètes, mais elle ne sont pas, semble-t-il classée,s et ouvertes à la consultation. Les archives nationales des Etats africains (ex-colonies et territoires) devraient également présenter un grand intérêt, mais elles sont rarement consultables après 1945 (non classées). Nous n'avons pu y faire que de rares sondages (Archives nationales de Guinée et Archives nationales du Niger — pour les premières, à travers l'ouvrage de Sidiki Kobélé Keïta sur le Parti Démocratique de Guinée) 6.

Notes
1. Oxford, Clarendon Press, 1966 (notamment, p. 22-27)
2. Par exemple, Franz Ansprenger. Politik im schwarzen Afrika. Këln und Opladen, Westdeutscher Verlag, 1961.
3. Professeur au Lycée Van Yollenhoven de Dakar; membre du G.E.C. de son arrivée (15 décembre 1946) à son expulsion le 20 février 1949; secrétaire du G.E.C. de Dakar pendant un an environ (1947-1948).
4. Raymond Barbé n'a conservé aucune archive personnelle. Le Parti communiste français, si surprenant que cela puisse paraître, n'a jamais eu de politique en matière d'archives (règles de conservation et de classement). Les recherches que j'ai entreprises, avec Pierre Morlet, dès le début des années 60, pour retrouver les archives de la section coloniale, sont demeurées vaines. Une partie a pu être saisie lors des perquisitions opérées par la police en 1952 (lors du "complot des pigeons") ; elles ont pu aussi, à cette époque ou après, par crainte de perquisitions, être mises en dépôt chez des membres du parti peu en vue (en général personnes âgées) et oubliées … Il est aussi possible et c'est l'hypothèse la plus probable, que ces archives, faute de place, aient été mises à la poubelle ou détruites …
5. En 1948, l'auteur de ces lignes reçut à Dakar, dans les meilleurs délais, deux lettres venues de France, arrivées par avion à 13 heures, distribuées à 16 heures (Il y avait encore à cette époque deux distributions de courrier par jour).Une de ces lettres, recommandée, émanait de Raymond Barbé, portait l'en-tête de l'Assemblée de l'Union française et avait été postée à Versailles ; l'autre également à en-tête, émanait d'un ami horloger à Ste Foy-la-Grande (Gironde). Mais l'enveloppe de l'horloger contenait la lettre du conseiller de l'union française, et l'enveloppe recommandée de Versailles la lettre de l'horloger ! Le "cabinet noir" avait opéré trop vite et interverti les enveloppes ! A la même époque, le député socialiste du Sénégal Léopold Sédar Senghor s'était plaint de l'ouverture systématique de son courrier.
6. Sidiki Kobélé Keïta. Le Parti démocratique de Guinée, artisan de l'indépendance nationale en Guinée (1947-1958), Tome 1 & Tome 2. Conakry, I.N.R.D.G., 1978, 2 vol., 359 et 332 p.