You are here

Katia Voltolina
L'éclatement de la Fédération du Mali (1960) :
d'une Fédération rêvée au choc des réalités, mai 1960

RAHIA. Collection « Clio en Afrique » n° 23, 2007. 198 pages
Centre d'étude des Mondes Africains (CEMAf) MMSH Aix-en-Provence

Katia Voltolina L'éclatement de la Fédération du Mali (1960) d'une Fédération rêvée au choc des réalités, mai 1960.. La Fédération à deux
La Fédération à deux. “Fédération du Mali, pays d'avenir”,
dépliant illustré du Gouvernement de la Fédération du Mali, 1960

Deuxième partie : La Fédération à deux

IV. Le difficile chemin vers l'indépendance de la Fédération du Mali

1. La deuxième version de la Fédération du Mali

Géographiquement, la deuxième version de la Fédération, réduite au Sénégal et au Soudan, était caractérisée par une continuité territoriale qui s'étendait sur une surface de 1.395.000 km carrés 246. De l'Atlantique au Niger, la Fédération représentait “un long corridor évasé vers le désert.” 247
Le paysage prédominant était formé par de grandes plaines et des plateaux, culminant à 787 mètres à l'Ouest de Bamako, mais qui, en général, ne dépassaient pas les 500 mètres 248.
A l'intérieur de la Fédération il y avait peu de différences climatiques, sauf la continentalité accentuée du Soudan et le climat “sub-canarien” de la presqu'île du Cap-Vert 249. La population, qui comptait presque six millions d'individus, avait des affinités “historiques” 250, “ethniques” 251 et “religieuses” 252, qui faisaient de l'ensemble malien, “un groupe suffisamment homogène et cohérent” 253.
Si le Sénégal représentait “l'exutoire naturel” 254, le débouché sur la mer qui manquait au Soudan, ce dernier fournissait “le ravitaillement en produits vivriers” 255 que le Sénégal aurait, autrement, dû importer de l'extérieur.
En effet, selon Mamadou Dia, “Le Mali est une réalité économique cohérente et viable, sa chance c'est la complémentarité des deux économies, sénégalaise et soudanaise, qui, bien que toutes deux à prédominance agricole, sont structurellement différentes.” 256 Pour donner un exemple de cette “symbiose économique” 257, l'agriculture sénégalaise se basait sur la production d'oléagineux, qui monopolisait les terres cultivables 258. Or le Soudan fournissait une partie importante de la main d'oeuvre nécessaire pour cette culture, mais, en même temps, il assurait les produits alimentaires (comme le riz, le mil, le maïs, le manioc, etc.) de subsistance et les produits dérivant de l'élevage 259.
Par contre, l'industrie soudanaise était presque inexistante, à cause du manque de ressources minérales dans le sous-sol, mais surtout à cause du manque d'un débouché maritime 260. Comme l'explique très clairement Ndiaye Guèdel, “Il était de nécessité primordiale pour le Soudan, qui était sans façade maritime, de faire corps avec le Sénégal.” 261
Ce dernier, au contraire, avait bénéficié d'un intensif développement industriel et plus de la moitié du total des industries de l'ex-A.O.F. était située autour de Dakar 262.
Ces industries, principalement de transformation, étaient conçues pour satisfaire les besoins de tous les territoires de l'ex-A.O.F., mais les rapides évolutions de la situation politique des anciennes colonies (et notamment le changement d'orientation de la Guinée et la dissolution de l'A.O.F.) risquèrent de causer au Sénégal de graves pertes économiques 263. Pourtant, le marché soudanais, avec ses quatre millions de consommateurs, était un bassin important et solide pour la vente des produits sénégalais 264. Dia avait bien connaissance de cette réalité. Il écrivit :

“Le Sénégal est parfaitement conscient du fait que, pour que vivent son port et ses industries, il a besoin de l'espace économique minimum du Soudan, en attendant un élargissement de cet espace.” 265

Enfin, en ce qui concerne le commerce, comme on vient de le voir, grâce à la complémentarité de leurs économies, il y avait de nombreux flux commerciaux qui liaient ces deux pays.
Dia préconisait l’expérience du Mali, comme possible représentation “d’une procédure de mondialisation de l’économie, une « région-relais » sur le chemin plein d’embûches de l’économie généralisée du XXe siècle.” 266
Apparemment, de nombreuses affinités liaient le Soudan et le Sénégal, mais elles ne furent pas suffisantes pour tenir unis ces deux Etats dans la Fédération du Mali. Des “forces centrifuges” 267 soit à l'intérieur soit à l'extérieur de la Fédération amenèrent inexorablement à l'éclatement définitif de ce rêve d'unité africaine 268. Néanmoins, jusqu'à ce qu'il y eût un objectif commun, et notamment la lutte pour l'indépendance du Mali, ces contradictions, ces divergences qui opposaient le Sénégal et le Soudan ne se manifestèrent pas dans toute leur ampleur 269.
Ces controverses se développèrent en parallèle au déroulement des principaux événements politiques et c'est en raison de cela, qu'il me semble important d'analyser la genèse des causes profondes de l'éclatement de la Fédération, tout en suivant la description du chemin qui amena les dirigeants maliens à la création effective de cette Fédération, à la conquête de sa reconnaissance à l'intérieur de la Communauté et, ensuite, à son indépendance.

2. La consécration de l'existence juridique de la Fédération du Mali

Après la défection de la Haute-Volta et du Dahomey, le Sénégal et le Soudan durent recourir à des révisions constitutionnelles, afin de créer un nouvel équilibre des pouvoirs dans les institutions fédérales.C'est dans ce but que, le 24 mars 1959, les dirigeants sénégalais et soudanais se rencontrèrent à Dakar, dans la salle de la Commission des Finances du Gr and Conseil, pour donner finalement une existence effective à la Fédération 270.On notera qu'y participèrent aussi les représentants officieux de la Haute-Volta 271, du Dahomey 272 et du Niger 273.
Les remaniements principaux de la Constitution fédérale furent les suivants :

  • Le préambule de la Constitution fut ainsi modifié: “Le Mali vise à la réalisation de l'unité africaine sur une base nationale, garante de la cohésion et de la pérennité de la Communauté” 274
  • Le nombre de députés que chaque Etat enverrait à l'Assemblée fédérale fut élevé à vingt (au lieu de douze)
  • Il fut créé un poste de Vice-président, chargé aussi de la Défense, à l'intérieur du Gouvernement, et le nombre de Ministres fut porté à six (trois pour chaque pays).
  • Tous les décrets gouvernementaux auraient dû être contresignés soit par le Premier Ministre soit par le Ministre responsable (art. 15 Constitution Fédérale).
  • La disposition constitutionnelle qui déclarait que “Tout Etat désirant se retirer de la Fédération devra le manifester par une résolution de son Assemblée législative, confirmée par référendum dont l'organisation et le contrôle seront conjointement assurés par les organes de la Fédération et de l'Etat intéressé. Les modalités de transfert des compétences seront déterminées par accord entre l'Etat fédéral et l'Etat intéressé” fut supprimée, la Fédération “ne comprenant que deux Etats” 275.

2.1 “Les défauts structurels” de la Fédération

Il faut souligner que les révisions apportées à la Constitution fédérale visaient à réaliser une sorte de principe “de parité” 276 entre les deux “Républiques-sœurs” 277.
Or, selon Foltz, si cette “égalisation des pouvoirs” 278 dissipait la crainte qu'un Etat pût dominer l'autre, elle contribuait à diminuer la flexibilité de l'action gouvernementale 279. Et notamment, ce principe pouvait conduire à une impasse permanente de l'activité politique au cas où les dirigeants des deux pays refuseraient de s'accorder sur une question, pour banale ou secondaire qu'elle fût 280.
Toutes les institutions de la Fédération étaient contrôlées par les deux partis territoriaux (l'U.P.S. et l'U.S.) alors que manquait une institution au dessus des partis capable de gérer les controverses entre les deux Etats. Cette situation constituait un grand défaut, selon Foltz, “un vide” de la structure politique de la Fédération 281. En outre, comme “le mécanisme décisionnel” impliquait l'activité d'un nombre restreint de leaders politiques, il fallait s'adresser “au sommet” pour résoudre toute dispute surgie dans un secteur politique quelconque. En conséquence, il y avait le risque que la querelle la plus mineure puisse s'intensifier jusqu'à devenir une crise au niveau interterritorial 282. Tout cela entraîna des problèmes, qui menèrent finalement à la crise d'août 1960.

2.2 La naissance du Parti de la Fédération Africaine

En revenant à la réunion du 24 mars 1959, les dirigeants sénégalais et soudanais voulurent aussi réaliser une “unité idéologique” 283 en donnant naissance au Parti de la Fédération Africaine (P.F.A.), dont le Président provisoire était Senghor et le Secrétaire général était Modibo Keita, toujours dans l'optique de poursuivre le principe “de parité” 284. Son existence était nécessaire, parce que, “les anciens partis de l'Afrique Noire, et notamment le R.D.A. et le P.R.A., ne représentaient plus la situation politique actuelle.” 285
Dans le rapport de Lami, il résulte que Senghor exposa le but poursuivi par le P.F.A. en ces termes :

“Le but c'est la constitution d'une Nation négro-africaine, intégrant à ses valeurs les apports fécondants de la France, la Fédération se transformant en une République Fédérale aussi étendue que possible et la Communauté évoluant vers une Confédération multinationale.” 286

Le 4 avril 1959, lors de la première réunion de l'Assemblée fédérale, Senghor fut élu Président de l'Assemblée législative fédérale, Keita devint le Président du Gouvernement et Mamadou Dia le Vice-Président 287. En outre, le Gouvernement était formé par :

  • Doudou Thiam, Ministre des Finances et des Affaires Economiques
  • Boubacar Guèye, Ministre de la Justice
  • Tidjani Traoré, Ministre de l'Information et de la Sécurité
  • Abdoulaye Fofana, Ministre de l'Education et de la Santé
  • Ousmane Bâ, Ministre du Travail et de la Fonction Publique
  • Amadou Aw, Ministre des Travaux Publics 288

Gouvernement de la Fédération du Mali
Le Gouvernement de la Fédération du Mali, Le Mali, no. 1, juillet 1959

L'affiche ci-dessus montre 

  • Modibo Keita, President, en haut à gauche
  • Mamadou Dia, Vice-président, en bas à droite
  • Les ministres, de g. à dr. et de haut en bas
    • Doudou Thiam, Finances et Affaires Economiques
    • Tidjani Traoré, Information et  Sécurité
    • Ousmane Bâ, Travail et  Fonction Publique
    • Boubacar Guèye, Justice
    • Abdoulaye Fofana, Education et Santé
    • Amadou Aw, Travaux Public

Le 6 avril, Modibo Keita, en qualité de Président du Conseil fit son discours d'investiture devant l'Assemblée fédérale.
Le Haut-Commissaire Lami écrivit que, pendant ce discours, Keita déclara “brutalement que « La Fédération du Mali, réduite au Soudan et au Sénégal, accélèrera le processus d'évolution vers l'affirmation de sa personnalité et de sa souveraineté nationale ».” 289 Il citait ensuite une phrase prise d'un autre discours, où Keita revendiqua « un droit de représentation diplomatique aboutissant à conférer à chacun de nous une nationalité correspondant à sa race. » 290
Malgré la brièveté des extraits des discours des deux leaders de la Fédération du Mali et les commentaires personnels du Haut-Commissaire Lami, on peut noter un certain décalage entre les déclarations modérées et “pro-communautaires” de Senghor et les revendications d'indépendance de Keita. Cela pourrait nous faire penser que, à l'occasion de sa consécration juridique, la Fédération renfermait déjà, en elle-même, ses premières contradictions.
Quoi qu'il en fût, les dirigeants des deux pays avaient, à ce moment-là, une priorité commune qui les faisait se rapprocher : c'est-à-dire, l'admission de la Fédération du Mali, en tant que telle, au Conseil Exécutif de la Communauté 291.

3. La représentation controversée de la Fédération du Mali au sein de la Communauté

Le 6 avril, Modibo Keita déclara:

“Le Mali est né. Il a donné son adhésion à la Communauté. Il proclame sa confiance au prestigieux Général de Gaulle. La Fédération du Mali est une entité et l'on ne saurait l'ignorer.” 292

Théoriquement, la Fédération aurait pu être reconnue et acceptée si ne s'était pas posé le problème de sa représentation au Conseil Exécutif concurremment à celle du Sénégal et du Soudan 293.
Les 26 mars, les deux Etats membres de la Fédération avaient décidé que si la Communauté admettait la représentation du Mali, lors du prochain Conseil, il y aurait eu trois délégués (un soudanais, un sénégalais et un malien), mais au cas contraire, les représentants des deux Républiques s'abstiendraient de participer à la séance 294.
L'amorce des pourparlers entre les Français et la délégation malienne 295 commença le 13 avril 1959. La délégation se rendit à Paris pour discuter avec le Général de Gaulle 296. Le climat initial dans lequel ils abordèrent la question était détendu et rassurant: à la fin de l'entretien, la délégation malienne déclara qu'elle avait une totale “confiance au Général de Gaulle.” 297

3.1 Le refus de reconnaître la Fédération du Mali au troisième Conseil Exécutif

Ce fut lors du troisième Conseil Exécutif qu'une controverse surgit à propos de la représentation de la Fédération du Mali. Elle fut causée par de nombreuses oppositions au sein du Conseil 298, oppositions qui provenaient principalement des pays qui faisaient partie du Conseil de l'Entente et, en premier lieu, de Houphouët-Boigny 299. “Les adversaires de la Fédération” voulaient simplement que la Communauté ignorât l'existence de ce nouvel Etat 300. Selon Milcent et Sordet, Houphoët-Boigny et ses alliés “avaient le secret espoir de créer ainsi une crise entre les deux territoires fédérés.” 301
A la suite d'innombrables discussions infructueuses, il fut proposé, comme compromis, “le principe d'une représentation indirecte du Mali à travers l'un de ses Etats” 302, mais à la suite d'une brève confrontation, Dia et Koné (à savoir les délégués sénégalais et soudanais) refusèrent cette proposition 303.
Après la dernière réunion du Conseil, le Secrétaire général de la Communauté, Janot, en commentant le problème de la Fédération du Mali, déclara que, même si sa création était légitime,

“En raison de la structure de la Communauté, le Mali ne peut pas être représenté. Les Etats sont entrés isolément au sein de la Communauté, et le Mali n'aurait pu être représenté au sein du Conseil exécutif que si les Etats qui le composent avaient décidé de s'unir en un seul Etat lors de leur option.” 304
Il importe de noter que Modibo Keita, conformément à la décision prise le 26 mars 305, ou, comme on peut lire dans la revue Le Mali 306, “pour ne pas influencer le Conseil sur le problème de la représentation du Mali” 307, s'abstint de répondre à l'invitation au Conseil Exécutif, et avait envoyé son Vice-Président Koné 308.
Malgré ce premier refus d'une représentation effective de la Fédération, Keita ne se tint pas pour battu. De Bamako, il déclara : “Je donne rendez-vous à la Communauté dans quelques mois.” 309

En effet, l'absence de Modibo Keita était perçue avec crainte à “l'Elysée”, où les dirigeants français considéraient qu'une aggravation de cette controverse aurait pu engendrer des conséquences graves pour la Communauté entière 310. Le Général de Gaulle décida de s'occuper personnellement “du dossier.” Il écrivit lui-même à Keita pour l'inviter à Paris le 15 mai 1959 311.

3.2 Le risque d'une sécession soudanaise

Un bulletin de renseignements du 13 mai 1959, trouvé aux Archives du M.A.E. éclaire en ces termes la situation :

“Une source qui connait bien Modibo Keita, Chef du Gouvernement Soudanais avec lequel elle a eu un entretien le 11 mai , a émis les opinions résumées ci-après : Modibo Keita et Madeira Keita affirment ne pas comprendre les réticences qu'ils observeraient chez les Autorités Françaises en ce qui concerne la Fédération naissante. Ils se disent aussi très irrités par ces réticences. La source exprime la crainte de voir Modibo Keita, qui doit avoir reçu par l'intermédiaire de Sékou Touré des assurances d'aide de la part du Ghana et de différents Etats d'Europe centrale, revenir mécontent des entretiens qu'il doit avoir le 15 mai et jours suivant avec le Général de Gaulle et sur lesquels le Chef du Gouvernement Soudanais fonde beaucoup d'espoirs.
Keita, s'il vient à avoir quelque chose de mécontentement parce qu'il lui paraitra que la France est injuste vis-à-vis du Mali ou qu'elle favorise trop Houphouet-Boigny à son détriment, est parfaitement capable sur un coup de tête de déclarer le Soudan indépendant et de faire plébisciter cette déclaration d'abord par 80 voix sur 80 députés de l'Assemblée Législative Soudanaise, ensuite par une forte majorité d'une population rapidement endoctrinée .
La source s'est montrée extrêmement préoccupée par ce risque de sécession qu'elle estime d'une très grande gravité. Il lui parait que l'Etat Indépendant du Soudan serait immédiatement reconnu par l'URSS, la Chine et leurs satellites.
Si une telle sécession se réalisait, elle créerait à la France d'énormes difficultés.” 312

Il n'est pas possible d'estimer l'importance que cette note eut sur les décisions et l'attitude des politiciens français par rapport à la reconnaissance de la Fédération. Néanmoins, sa simple existence prouve qu'il y avait réellement des craintes et que des problèmes pouvaient surgir en cas d'échec de l'entretien de Gaulle-Keita.

3.3 Keita et “sa descente victorieuse des escaliers d'honneur de l'Elysée”

Le 15 mai 1959, le Président de la Communauté et Modibo Keita se rencontrèrent finalement pour discuter ensemble de la question de la reconnaissance de la Fédération 313. Après un entretien qui, selon les observateurs, fut “d'une longueur inaccoutumée” 314, de Gaulle assura Keita que “la formule de la Communauté n'est pas définitivement fixée.” 315
De plus, le Président lui suggéra de revenir à l'Elysée chaque fois qu'il y aurait un problème, et cela, selon Milcent et Sordet, avait une importance non négligeable : cela signifiait que le Conseil Exécutif de la Communauté n'était pas un Gouvernement fédéral comme le voulait Houphouët-Boigny, mais une simple conférence périodique des Chefs de Gouvernement 316.
Ensuite, Keita fut reçu aussi par Jacques Foccart 317. Ils discutèrent encore une fois de certains problèmes, mais à 13 h 30 “Keita descend l'escalier d'honneur de l'Elysée. En quatre vingt-dix minutes il vient de consacrer la victoire du Mali” 318 : l'entité politique de la Fédération du Mali, avait sérieusement progressé vers la reconnaissance 319.
De fait, quelques jours après, une délégation malienne participa à Paris à une réunion pour la dévolution des biens de l'ancienne A.O.F. 320
Cependant, si à l'extérieur, au niveau de la Communauté, la Fédération du Mali avait gagné sa première “bataille”, à l'intérieur, des dissensions commencèrent à se développer.

4. Les premières contradictions intérieures

Au niveau local, depuis le 8 avril, les services fédéraux (concernant, entre autres, les douanes, la santé, le régie de chemin de fer, l'enseignement, la justice, le travail, les mines, les finances, ect.) devinrent opérationnels, en se superposant aux services locaux déjà existants 321. Cependant, selon Lami, cela risquait de causer un “gonflement budgétaire” 322 que la Fédération ne pouvait pas se permettre.
A ce propos, Modibo Keita, pendant son discours devant l'Assemblée fédérale, déclara que “toutes mesures tendant à resserrer davantage les liens de solidarité entre la République du Sénégal et du Soudan seront recherchées et appliquées.” 323 Selon le Haut-Commissaire Lami, Keita envisageait la suppression totale des services locaux mais Dia n'était pas d'accord 324.
Dans son discours, Keita avait aussi présenté le gouvernement comme une sorte de “cerveau qui suggère sans commander, d'aiguilleur qui indique sans diriger. Il serait en quelque sorte une usine à conception.” 325
Toutefois, le Haut-Commissaire écrivit que le gouvernement fédéral commençait à devenir “un cerveau qui commande” et que les Ministres soudanais et sénégalais “étaient manifestement divisés” 326 sur des questions essentielles comme l'organisation de l'Etat fédéral et l'accession à l'indépendance 327.
Or que les opinions du Haut Commissaire Lami fussent fondées ou non 328, certaines dissensions existaient réellement au sein du Gouvernement.
Une raison de divergence était le processus d'africanisation des cadres : les Soudanais insistaient pour un rapide remplacement des fonctionnaires européens par des Africains, tandis que Dia était en faveur d'une sélection basée principalement sur les compétences et les capacités techniques individuelles, indépendamment de la nationalité 329. Cependant on pouvait retrouver des dissensions dans différents domaines, et, en particulier, dans le secteur économique.

4.1 Le manque de coordination au niveau économique

Au niveau économique, même si Senghor (lors d'une interview parue dans Marchés tropicaux et méditerranéens du 23 mai 1959) dit que: “Le Sénégal se refuse de se poser en territoire riche devant le Soudan. Nous avons autant besoin du Soudan, que le Soudan de nous” 330, il était vrai qu'il y avait un degré différent de développement, mais surtout une conception différente de la politique économique 331.
Les affirmations de Dia sur la complémentarité des économies soudanaise et sénégalaise étaient justes, mais, selon Foltz, survinrent des rivalités qui empêchèrent la coordination économique des deux pays et la viabilité pratique de cette complémentarité 332.
Par exemple, le plan de développement économique du Père Lebret, que le Sénégal avait entrepris en 1958, était incompatible avec les recommandations du plan soudanais qui fut rédigé par une école française différente de planification économique 333. Si pour les dirigeants soudanais ce manque de coordination ne constituait pas un souci, pour la conception économique de la Fédération de Mamadou Dia, cela représentait un gros défaut.
Dia était fortement impliqué dans l'exploitation des objectif économiques du Sénégal et de la Fédération, mais, en dépit de ses premiers espoirs, il réalisa rapidement que la Fédération du Mali n'aurait pas pu atteindre l'approche intégrée qu'il estimait nécessaire et souhaitable 334.
En ce qui concernait le secteur industriel, Dakar, ex capitale de l'A.O.F., bénéficiait d'une “grande quantité d'investissements étrangers et de crédits importants.” 335 Le Soudan, au contraire, ne présentait aucune source de profit et “rien ne laissait présager un développement rapide.” 336
“Les comptes économiques” de la Fédération, selon Guèdel Ndiaye, “situaient parfaitement l'importance réciproque” de chaque Etat: les outputs du secteur industriel de la Fédération avaient une valeur totale de 36,9 milliards de francs CFA dont 32,6 produits par le Sénégal et 4,3 par le Soudan 337.
En général, pour le Soudan, la Fédération revêtait un grand intérêt économique, tandis que, pour le Sénégal, elle n'était pas aussi utile qu'on avait prévu initialement 338. Elle co mportait plus de dépen ses que d'avantages.Pour donner un exemple, le Sénégal importait exclusivement du riz soudanais, mais en raison du climat et d'autres facteurs négatifs, le riz soudanais était 15 ou 20% plus cher que le riz du Sud-est asiatique 339. Si cela n'était qu'un petit sacrifice au nom “de l'Unité Africaine”, en s'ajoutant aux autres, il contribuait à affaiblir les arguments économiques en faveur de la Fédération du Mali 340.

4.2 Vers le Congrès Constitutif du P.F.A.

Le 23 et le 24 mai 1959, il y eut une réunion du Comité Directeur provisoire du P.F.A qui se tint à Dakar, afin de décider les dates du Congrès Constitutif du P.F.A. 341
Si la revue Le Mali, se limite à énumérer les résolutions finales de cette rencontre “en vue de réaliser une Nation Négro-Africaine et de voir la Fédération comme un des tests fondamentaux de sa réussite” 342, le Haut-Commissaire Lami écrivit “qu'il se confirme que la réunion du Comité Directeur du P.F.A. a été l'occasion d'une explication souvent orageuse entre Sénégalais et Soudanais.” 343
Selon Lami, “on prétend même que l'invitation qui a été faite au Président Dia de visiter le Soudan, l'a été dans le but de détendre l'atmosphère entre les Sénégalais et les Soudanais à la suite de cette réunion.” 344 En effet, on peut constater que le voyage au Soudan de Mamadou Dia se déroula juste après cette rencontre, du 31 mai au 4 juin, et, réciproquement, une délégation soudanaise fut invitée au Sénégal du 8 au 12 juin 345.
Mais, contrairement à l'avis de Lami, la revue Le Mali présenta ces voyages comme des actes qui appartenaient au “cadre normal des rapports des deux Etats qui ont choisi de sceller leur destin” 346. La revue parlait d'“une commune ferveur” qui animait ces gens: soit au Sénégal soit au Soudan, il y avait “un peuple debout” qui accueillait la délégation de “l'Etat-frère” et qui avait confiance en ses dirigeants 347.
Il importe de noter que, si pour Le Mali, la délégation sénégalaise fut frappée par l' “étonnante disponibilité des masses” 348, selon Lami, elle fut plutôt frappée par “l'emprise exercée sur la masse par les cadres du parti et les mouvements de jeunesse.” 349

5. “Les masses sénégalaises et soudanaises” et leur attitude envers la Fédération

Jusque-là, on a toujours examiné la perspective des dirigeants politiques, mais, pour présenter un cadre complet de la situation, il faut aussi analyser un point de vue plus spécifiquement lié à ce qu'il est convenu d'a ppeler les “masses” populaires.Le terme “masses” n'a pas une signification tout à fait neutre, comme me l'a fait remarquer Roland Colin, il contient une certaine composante “démagogique” face à des réalités sociologiques nécessairement complexes 350.
En définitive, quel degré d'intégration sociale existait entre les Soudanais et les Sénégalais ? Comment percevaient-ils la Fédération ?
Ce sont deux questions très significatives pour mieux comprendre la portée réelle de la Fédération du Mali, mais les réponses ne sont pas évidentes ou univoques : tout d'abord, parce qu'il n'y a guère de sources pour l'élucidation du problème. En outre, on court le risque de tomber dans des discours fortement stéréotypés et généralisant.
Néanmoins, Foltz écrivit qu'une sorte de “stéréotypie” existait et eut un rôle non négligeable dans la perception que chaque population avait de l'autre et conséquemment dans le dégrée d'intégration à l'intérieur de la Fédération 351. Selon Foltz, le but de cette analyse ne doit pas être la vérification de la correspondance entre les stéréotypes et la réalité, mais la simple mise en évidence du rôle joué par ce stéréotype dans chaque pays.

5.1 Le“samba-linguère” sénégalais

Le Sénégal avait supporté trois siècles de colonisation, et, à cause de cela, selon Roland Colin, “les mœurs et la culture des colonisateurs avaient fortement imprégné une part notoire de la société” 352. Selon Foltz, si les Français ne réussirent pas à créer une Nation de “black Frenchman”, entre les deux peuples ne s'instaura pas une relation servile comme dans diverses colonies en Afrique353. Les Sénégalais purent profiter de certains privilèges et d'un rôle de premier plan à l'intérieur de l'A.O.F. 354 En effet, Lami, dans ses rapports, parla de “ce Sénégal dont les dirigeants actuels sont nos fils spirituels” 355.
De plus, le Sénégal était la région la plus urbanisée de l'Ouest-Africain et son taux d'instruction atteignait 10%. Les individus brillants (comme Senghor lui-même) avaient l'opportunité de continuer leur éducation supérieure en France 356. Tout cela contribua à renforcer, selon Foltz, un sentiment sénégalais “de supériorité” par rapport aux autres peuples africains 357.
Les Sénégalais parlaient d'eux-mêmes comme d'êtres “évolués”, “intelligents”, “sophistiqués” 358. Un exemple proposé par Foltz de cette représentation idéale était l'image des “samba-linguère” (premier parmi les notables), c'est-à-dire celle d'un homme “fier et aristocratique” 359 qui se distinguait grâce à la force de son caractère et à sa générosité et dont les qualités étaient reconnues et chantées par tout le monde 360.

5.2 Le “bon paysan” soudanais

La colonisation au Soudan commença vers le dernier quart du XIXe siècle et l'occupation totale du territoire fut complétée seulement à la veille de la première guerre mondiale 361. Elle fut plus dure et brutale qu'au Sénégal 362.
Bien que, historiquement, le Soudan fût “le carrefour de l'Afrique Occidentale” 363, pendant la période de la colonisation, il était considéré plutôt comme “une rue sans issue” 364. Il était “délaissé” par les colonisateurs 365.
Ici la civilisation française n'eut pas la même empreinte qu'au Sénégal : pour donner un exemple, 3% des enfants allaient à l'école, et seulement quelques étudiants méritants purent fréquenter l'Ecole Normale William Ponty au Sénégal, mais presque personne n'était envoyé en France pour poursuivre ses études 366.
Les activités prédominantes étaient l'agriculture et l'élevage et l'urbanisation était peu développée 367.
En ce qui concernait l'image que les Soudanais avaient d'eux-mêmes, pour se décrire, ils utilisaient des termes comme “honnête”, “simple”, “constant”, “loyal”, “ayant la parole directe”, “entêté” 368. Selon Foltz, ils s'identifiaient à la représentation du “bon paysan”, avec toutes les qualités et tous les inconvénients que cette définition comportait 369. En même temps, en rappelant l'époque glorieuse de leur empire médiéval, ils se décrivaient aussi comme “fils des rois” 370.

5.3 La perception de “l'autre” et le niveau d'intégration

Si chaque peuple avait un idéal de soi-même, il avait aussi un stéréotype de l'autre.
Les Sénégalais considéraient le peuple soudanais comme fondamentalement “stupide”, “paysan” et “clanique” 371, ils se sentaient tout à fait supérieurs. Et, de l'avis de Roland Colin, les Soudanais percevaient très clairement ce prétendu sens de supériorité 372. Cependant, ils considéraient, à leur tour, les Sénégalais comme “des vendus aux colonisateurs français” 373.
La perception de l'absence d'un groupe unique entre le deux peuples surgit et se renforça très tôt, à cause notamment du manque d'une langue vernaculaire commune, car les Sénégalais parlaient le wolof et les Soudanais le bambara 374. Bien peu savaient parler les deux langues et le français était peu utilisé dans les activités quotidiennes, même dans les milieux politiques 375. Par exemple, les employés sénégalais des bureaux fédéraux se plaignaient souvent de la nécessité de parler bambara afin que les instructions fussent comprises et réalisées par les Soudanais 376.
En plus, selon Ndiaye, le poids de la colonisation, au Soudan, avait “exacerbé” un désir de revanche qui sortit lorsque les dirigeants soudanais prirent place à Dakar 377.
Ils commirent “des erreurs psychologiques qui ne furent pas étrangères à l'échec de la Fédération.” 378 L'occupation des villas du plus beau quartier dakarois, à Fann, la monopolisation progressive de la radio par les griots soudanais (qui chantaient les louanges de leurs ancêtres), etc., tout cela contribua à faire apparaître les Soudanais comme des “néocolonialistes”, des “conquérants” aux yeux du peuple sénégalais 379.
Numériquement inférieurs, les Sénégalais commencèrent à percevoir la menace d'une possible domination soudanaise et d'une conséquente “dépersonnalisation” 380.
Ni les affinités ethniques 381 ni la croissance d'un flux d'immigration récente d'un pays vers l'autre ne réussirent à constituer une base solide d'intégration, parce que les immigrants se concentraient dans des régions particulières et gardaient les caractéristiques de leur identité, en se distinguant de la société majoritaire 382.
Le problème principal implicite dans cette faible capacité d'intégration entre les deux populations était, selon Foltz, le manque d'une “communauté interterritoriale socialement intégrée” 383, qui aurait pu jouer le rôle de médiateur dans les querelles politiques 384. Au contraire, les divisions entre les dirigeants risquaient très souvent de se propager au niveau populaire, en aggravant les conflits.

5.4 “Le Mali, une vague entité conçue par des intellectuels”

L'attitude précise de la population (sénégalaise et soudanaise) par rapport à la Fédération est difficile à établir, à cause du manque de sources. Cependant, selon Foltz, au Soudan, la Fédération, d'abord, fut saluée avec enthousiasme par la population, grâce aux directives des politiciens de l'Union Soudanaise 385. En effet, le parti soudanais dirigeait tous les domaines de la vie populaire 386 : donc la Fédération, en tant qu'initiative de politique étrangère de l'U.S., devait simplement être acceptée et soutenue par la population 387. Toutefois, en dehors de cela, on ne peut pas estimer le vrai sentiment que la création de la Fédération avait suscité dans le peuple soudanais 388.
Au Sénégal la population, surtout dans la brousse, ne se sentait pas concernée par la Fédération et ses activités : il y avait un simple “manque d'intérêt” 389 : “Le Mali n'est qu'une vague entité conçue par des intellectuels” 390.
Mamadou Dia écrivit que la population sénégalaise avait adopté “la mystique du Mali” seulement en fonction de son attachement aux leaders politiques qui prônaient la construction de cette Fédération 391.
Selon Roland Colin, il existait un grand décalage entre la volonté des populations et celle des dirigeants politiques. Ces derniers, en tant que représentants populaires, s'étaient arrogé le droit de décider ce que les populations voulaient et pensaient, surtout en ce qui concernait le Soudan. Ici, il y eut un passage de l'“enthousiasme supposé” de la population 392 à la “contrainte”, lorsque commencèrent à surgir des oppositions populaires à la Fédération 393.
En conclusion, si le manque d'intégration et l'attitude essentiellement indifférente de la population envers la Fédération ne furent pas des causes entraînantes de l'éclatement, elles eurent une importance à ne pas sous-estimer dans la montée des divergences entre les deux Etats.

6. Le défi entre l'indépendance nominale et l'indépendance réelle

6.1 La rencontre “des bâtisseurs du nouveau Mali” 394

Du 1er au 3 juillet 1959, la grande salle de la Mairie de Dakar fut le théâtre du premier Congrès Constitutif du P.F.A.
A ce rendez-vous “Pour une Nation Négro-africaine” et “Pour une Confédération Multi-Nationale” 395, à côté des dirigeants soudanais et sénégalais participèrent aussi les représentants des forces fédéralistes de la Haute-Volta 396, du Dahomey 397, de la Mauritanie 398 et du Niger 399.

Voltolina. La Fédération à deux. L'accueil des Congressistes à la Mairie de Dakar, Le Mali no. 2 août 1959
L'accueil des Congressistes à la Mairie de Dakar, Le Mali, no. 2 août 1959

Il revint à Lamine Guèye de faire le discours d'ouverture du Congrès, en disant que bien que la salle qui leur était réservée fût petite, “l'amitié et la bonne volonté, elles, sont sans limites. Malgré la balkanisation de l'Afrique, les Dahoméens, les Voltaïques, les Nigériens, les Mauritaniens sont à Dakar chez eux.” 400
A son tour, Senghor exposa la doctrine et le programme du Parti. Il exposa aussi “sa voie africaine au socialisme”, qui fut incluse dans les résolutions finales du Congrès 401.
Cependant, en abordant la question de l'indépendance, même s'il mit en évidence le rôle fondamental de l'indépendance pour la construction et l'épanouissement d'une Nation, il se maintint sur des prises de position modérées, en se déclarant en faveur “d'une indépendance nominale celle de l'esprit et du cœur librement associée à la France dans une Confédération” 402 parce qu'on pouvait acquérir l'indépendance réelle seulement “après coup.” 403
A la fin de son discours les applaudissements furent rares et il fut attaqué par de nombreux orateurs, pour la plupart soudanais, qui voulaient l'indépendance dès 1960 404.
De toute façon, le problème du choix entre l'indépendance nominale et l'indépendance réelle était finalement posé et cela devint le nœud crucial des débats et des discussions 405.
Les délégués du Dahomey parlèrent de leurs perspectives personnelles sur l'indépendance. Ensuite, Madeira Keita contribua à préciser le contexte et le but du Congrès 406.
Djibo Bakary, en présentant son point de vue sur l'indépendance, reprocha à Senghor sa position, affirmant qu'à son avis, “il n'y a pas de Nation sans l'indépendance nationale.” 407
Dia, plus pragmatique, dit que “la querelle de l'indépendance n'est que de la dialectique. Il faut construire notre indépendance réelle dans le travail quotidien.” 408
Lamine Guèye, dernier orateur de la première journée, déclara que “tout le monde parle de l'indépendance, j'en parlerai aussi je suis pour l'indépendance, et le plus tôt sera le mieux.” 409
Senghor, en conclusion, dit qu'il n'y a au fond que “des nuances de pensée parce qu'il y a des différences de tempérament et de style.” 410 Le jour suivant, Modibo Keita présenta la structure et l'organisation du P.F.A. Il déclara, entre autres :

“Notre but en formant le P.F.A. est la réalisation de l'unité et de l'indépendance africaine Cet objectif est à la portée des hommes décidés, unis et organisés, qui ne plongent pas dans un monde d'idées abstraites, optimistes 411. Or, nous avons nos faiblesses. certaines couches de la population sont encore très sensibles aux honneurs et aux avantages que leur dispensait le régime colonial. D'autres constituent de véritables écrans entre les formations politiques et les masses. D'autre part, par ambition au sein de même parti se créent des clans le parti se dégrade, devient une vulgaire officine électorale. L'une des conséquences est la création, l'élargissement d'un fossé entre les masses d'une part, les dirigeants et les élus, d'autre part.” 412

Ensuite, il donna une grande considération au rôle des jeunes et des femmes : “La jeunesse constitue l'élément dynamique du mouvement. Il faudra que la jeunesse intellectuelle se soude à la jeunesse rurale pour amener celle-ci à la conception des grands courants qui traversent le monde 413.
La femme doit aussi être associée à l'action du parti. Il faut que la femme soit convaincue de l'importance de son rôle dans la conquête de la personnalité africaine.” 414
Le dernier jour, selon Dugué et la revue Le Mali, toutes les résolutions furent votées dans l'enthousiasme général et l'atmosphère était détendue et apaisée 415.
Senghor, confirmé Président du parti, souligna, en guise de conclusion, l'importance de la constance et de la discipline, mais aussi “du rassemblement de toutes les énergies” pour atteindre leurs buts 416. Il incita à l'action, en s'adressant aux jeunes, il dit: “il faut agir” 417.
Cependant, selon Lami, le Président Senghor courut “assurément le risque d'être enfermé dans ses positions d'intellectuel par les activistes du parti auxquels le Président Keita s'adresse dans son rapport sur l'organisation.” 418
Il importe de noter que, pendant ce Congrès, des réclamations soudanaises surgirent en faveur d'une progressive transformation de la Fédération du Mali en Etat unitaire, mais elles ne furent pas relevées par les dirigeants sénégalais 419, qui voulaient maintenir un large degré d'autonomie pour leur pays.
Enfin, les commentaires du Haut-Commissaire à propos des discours de Senghor et de Keita présentaient une vision certainement partielle, subjective, mais en tout cas très intéressante de la conclusion du Congrès : selon Lami, si Senghor semblait “revendiquer pour le Sénégal, l'honneur de regrouper autour de lui les terres africaines dispersées comme le firent nos rois autour de l'Ile de France ; Keita semble dire aux Soudanais : si nous ne sommes pas en mesure d'obtenir l'indépendance immédiate, la faute en incombe aux contradictions internes que le Sénégal n'a pas su dominer, faiblesses auxquelles nous remédierons.420
Quoi qu'il en fût, le thème de l'indépendance avait désormais envahi les discours et était devenu la priorité de l'activité politique fédérale. A ce propos, il faut préciser que Senghor n'y était pas hostile, mais, selon lui, avant d'y accéder, il fallait que deux conditions fussent remplies : la garantie de la coopération française et la certitude de ne pas compromettre l'unité africaine 421.
Les Soudanais étaient apparemment d'accord avec lui, mais, il ne faut pas oublier qu'à cette époque, il y avait l'exemple de l'Union Ghana-Guinée qui aurait pu devenir le premier noyau “des Etats-Unis d'Afrique” 422 : “Prenez l'indépendance et le reste vous sera donné par surcroit423 répétait Nkrumah, chef du gouvernement ghanéen, et les Soudanais en étaient convaincus.
En ce qui concerne la coopération avec la France, si selon les dirigeants soudanais elle était souhaitable, en même temps, elle perdait du sens lorsqu'elle ne permettait pas d'atteindre l'indépendance. Cependant, tout de suite après le Congrès qui venait de se conclure, les Fédéralistes durent faire front commun pour se défendre devant les attaques du Conseil de l'Entente d'Houphouët-Boigny, lors du quatrième Conseil Exécutif de la Communauté 424.

6.2 Le Conseil Exécutif de Tananarive

Encore une fois la Fédération de Mali fut contrainte de se confronter avec le Conseil de l'Entente, “aussi agressif que jamais” 425. Toutefois les dirigeants fédéralistes étaient prêts à ne pas succomber aux critiques et aux attaques provenant de Houphouët-Boigny et ses alliés 426.
Modibo Keita affirma que “le Congrès a donné mandat au bureau définitif d'obtenir à bref délai l'indépendance du Mali dans le cadre d'une association confédérale avec la France. Cette évolution de notre Fédération implique celle de la Communauté ou des accords particuliers entre la Communauté et le Mali.” 427
Mamadou Dia déclara à peu près la même chose en termes différents. Au contraire, Houphouët-Boigny était totalement hostile à l'évolution de la Communauté dans le sens soutenu par Keita et Dia 428. Il dit :

“Un certain Congrès qui vient de se tenir à Dakar voudrait engager la Communauté dans la voie d'une Confédération multinationale. Je dis : plus de duplicité. Ou bien nous nous engageons les uns et les autres à construire une Communauté durable, ou bien nous nous refuserons, nous, membres du Conseil de l'Entente, à être d'une Communauté qui ne serait plus qu'un Commonwealth.” 429

Malgré ces déclarations contraires à une évolution de la Communauté, la marche vers l'indépendance de la Fédération du Mali avait commencé et devint un mouvement irrésistible et “uniformément accéléré” 430.

7. de Gaulle et “la souveraineté internationale” de la Fédération du Mali

Le conflit qui opposait Senghor aux Soudanais se basait sur trois points : l'indépendance, la coopération 431, mais aussi l'organisation interne de la Fédération 432.
Si les premiers deux points étaient à l'ordre du jour à ce moment-là, le troisième demeurait “dans l'ombre”, en attendant de se révéler en toute sa gravité, par la suite, après l'aboutissement des négociations avec la France 433.

7.1 Vers l'acceptation de la demande d'indépendance présentée par la Fédération

Le 23 et 24 septembre se tint à Dakar la rencontre du Comité directeur du P.F.A. A l'ordre du jour il y avait la détermination de la voie que la Fédération du Mali devait suivre pour obtenir l'indépendance 434. La résolution finale de ce comité déclara que :

“Lors du dernier Conseil Exécutif le caractère évolutif de la Communauté a été librement admis. Les Etats du Soudan et Sénégal ont, à cette occasion, fait connaître leur décision de faire usage de leur droit à l'indépendance. Le Comité directeur a, en conséquence, décidé de tirer les conclusions pratiques de ces réalités en vue d'aboutir, dans le moindre délais et conformément aux stipulations de la Constitution de la Communauté, l'indépendance du Mali par le plein exercice des souverainetés nationales des Etats qui les constituent, dans le cadre d'une association de type confédéral avec la France.” 435

Pendant cette séance du Comité directeur, les Soudanais auraient voulu que la prédominance du parti sur le Gouvernement fût enfin déclarée 436. De toute façon, Senghor et Dia n'était absolument pas d'accord sur ce “centralisme démocratique” 437 proposé par les Soudanais et les revendications soudanaises n'obtinrent, à nouveau, aucune légitimation 438.
Il importe de noter que, lors de la Conférence de presse qui marqua la fin des travaux, Senghor évita de parler aux journalistes de ces divergences 439.
Dans un article de La Croix on pouvait lire que “certaines rumeurs avaient fait état de dissensions entre les membres soudanais et sénégalais, mais un communiqué officiel à Dakar les avait formellement démenti.” 440
Cependant, selon Milcent et Sordet, un observateur attentif aurait dû remarquer les implications importantes contenues dans deux phrases “d'apparence banale” placées à la fin de l'avant-dernier paragraphe du discours de Senghor, c'est-à-dire :

“Notre démocratie sera une démocratie forte ; elle sera une démocratie. Ni de l'extérieur, ni de l'intérieur on ne nous imposera une idéologie totalitaire.” 441

Après le Congrès, Senghor, à la tête d'une délégation, fut reçu par le Général de Gaulle, afin de discuter les conditions dans lesquelles la Fédération aurait obtenu l'indépendance 442. Ecartée l'idée du référendum, Senghor souligna “la nécessité du transfert total de compétences communes, tout en restant dans la Communauté” 443.
Dès lors, les choses commencèrent à aller vite.
Le 10 novembre 1959, de Gaulle fit un discours à l'Elysée sur l'évolution de la Communauté en se proclamant en faveur d'une évolution souple de la Communauté 444 :

“il y a des gens chez nous qui répugnent à l'évolution, Ils voudraient que l'on continue de traiter en terme d'empires des populations qui sont emportées par l'exaltation de la liberté. D'ailleurs les changements inéluctables se feraient tout de même et ils se feraient mal, dans de mauvaises conditions humaines et ils se feraient contre la France.

A l'opposé, il y a d'autres gens qui pensent que non seulement nous ne devons pas empêcher la séparation quand elle se présente, mais que, au contraire, nous devons nous en féliciter. Ces territoires nous coûtent beaucoup plus cher qu'ils ne nous rapportent. S'ils veulent nous quitter, qu'ils le fassent.” 445
Il importe de noter que la demande d'indépendance de la Fédération du Mali, selon une note du M.A.E. français, était vue avec inquiétude par les Français :

“l'idée qu'un Etat africain puisse bénéficier à la fois des pouvoirs de l'indépendance et des avantages de la Communauté inspire la crainte d'une anarchie africaine qui se développerait à nos frais. Si nous acceptions cette situation, pour le Sénégal et le Soudan, nous serions vite obligés de l'admettre pour tous nos autres partenaires. En les maintenant dans la Communauté — après les avoir dotés des pouvoirs de l'indépendance — nous leur donnerions le maximum de moyens de pression sur le gouvernement français pour des opérations ou des aides financières qui seraient, très souvent, déraisonnable.” 446

La note continuait en disant qu'une solution aurait pu être la concession, “qu'un Etat puisse, sans quitter la Communauté, devenir indépendant et bénéficier de pouvoirs actuellement communautaires”. Et effectivement, cela fut la voie entreprise du côté français, afin de donner satisfaction à la demande d'indépendance du Mali.
Le 26 novembre 1959 il y eut une rencontre entre les leaders de la Fédération et le Président de la Communauté. Pendant ce rendez-vous, de Gaulle admit que le transfert de compétences demandé officiellement par les dirigeants maliens n'était pas à rejeter, mais il y avait encore des points à régler 447. Les dirigeants africains furent plutôt discrets dans leurs déclarations, Senghor dit :

“Nous ne seront pas bavards. On ne négocie pas sur la place publique. Nous sommes d'accord pour l'indépendance complète du Mali, mais il ne s'agit pas d'une indépendance de rupture ni d'une indépendance de sécession.” 448

Cependant, selon le rapport mensuel du Haut-Commissaire Lami, l'opinion publique sénégalaise rejeta sur les partenaires soudanais la responsabilité des complications qui surgirent à Paris :

“Malgré le mutisme concerté des trois Présidents, Malgré le secret jusqu'à présent gardé sur le contenu de la lettre remise le 27 novembre à l'Elysée, les intéressés sénégalais ont accueilli avec scepticisme le « ça n'a pas mal marché » de Senghor. Ils pensent que l'intransigeance soudanaise, et elle seule, est la cause de la sourde tension actuelle. Senghor, gêné, fuit les questions et subit les reproches de ses amis. Son colistier, Abdoulaye Bâ, parlant au nom des élus de Thiès, lui a dit à son retour de Paris: « La plus grande faute politique que tu aies pu commettre, c'est de pousser à la Constitution de ce Mali »” 449

Or on ne peut pas savoir à quel point cette opinion était répandue, mais cela démontre la présence continue des dissentiments à l'intérieur de la Fédération. De toute façon, ces désaccords n'empêchèrent pas de préparer le dossier malien qui devait être analysé lors du sixième Conseil Exécutif de la Communauté à Saint-Louis, le 11 et 12 décembre 1959.

7.2 Le sixième Conseil Exécutif de Saint-Louis

A Saint-Louis, à la veille du Conseil Exécutif, tous les préparatifs pour l'arrivée de de Gaulle étaient accomplis. Selon Dugué, les leaders maliens se préoccupèrent aussi de “donner la dernière main à l'enthousiasme populaire qui doit se manifester spontanément tout au long du séjour du Président de la Communauté.” 450
Pendant les deux journées de séances, tout se déroula tranquillement et, en effet, le 12 décembre, à la sortie des participants du Conseil : “une masse humaine compacte et délirante s'étendait sans interruption sur plus de trois mètres. D'immenses banderoles aux couleurs de la France et du Mali furent tendues entre les maisons et mêlent leurs teintes vives aux vêtements de fête. Les clameurs devinrent assourdissants lorsque parurent côte à côte, le Général de Gaulle et le Président Mamadou Dia.” 451

Voltolina. L'éclatement de la Fédération du Mali. Général de Gaulle fait son entrée dans Saint-Louis
Le Général de Gaulle fait son entrée dans Saint-Louis,
 il est acclamé par une foule enthousiaste. Le Mali, no. 5 janvier 1960

Voltolina. L'éclatement de la Fédération du Mali. De Gaulle et Mamadou Dia à Saint-Louis
Premier ministre Mamadou Dia et Général de Gaulle  à Saint-Louis. Le Mali, no. 5, janvier 1960

 Lors de la dernière séance, de Gaulle, enfin, fit part officiellement de la demande d'indépendance du Sénégal et du Soudan regroupés dans la Fédération du Mali, et de l'accord de la France pour la reconnaître et l'appuyer. Il confirma publiquement ces positions dans un grand discours, le 12 décembre après-midi, face à la foule rassemblée place Faidherbe à Saint-Louis.
Le lendemain, le 13 décembre, de Gaulle fut reçu à l'Assemblée fédérale de Dakar. L'accueil de la population fut autant chaleureux qu'à Saint-Louis, grâce à la présence d'une foule nombreuse et bruyante 452, et “d'une débauche de couleurs de rythme et de soleil” 453, qui accompagnèrent le voyage du Président de la Communauté de Saint-Louis à Dakar et le firent achever en “apothéose”.
La grande salle des séances était pleine des personnalités curieuses d'assister à la confirmation de la reconnaissance de cette Fédération qui fut l'objet de tantes contestations 454.
Pendant cette rencontre, la force des liens amicaux entre les deux pays fut très souvent soulignée 455, et notamment Senghor confirma, une fois de plus, que “Si nous entendons réaliser notre indépendance nationale, comme vous en connaissez la légitimité historique ce n'est pas contre la France mais avec la France, dans un grand ensemble franco-africain, par voie amicale et constitutionnelle.” 456

Et voici un extrait de “la réponse historique” donnée par le Général :

“Dans peu de jours la France, le Mali et les Etats qui le composent entameront des négociations pour modifier le statut de leur rapport. Cet Etat du Mali va prendre ce qu'on appelle la situation d'indépendance et que je préfère, excusez-moi, appeler celle de la souveraineté internationale.” 457

La France avait finalement reconnu le principe d'accession à l'indépendance de la Fédération. Il est significatif de noter que Houphouët-Boigny, Hamani Diori 458 et Maurice Yaméogo “brillaient par leur absence” 459. Ils s'en allèrent avant la dernière séance du 12 décembre.
“Tout en souhaitant que le peuple sénégalais n'attribue aucune signification politique à son absence” 460, Houphouët-Boigny adressa ses “vœux sincères” à la Fédération du Mali pour l'aboutissement des négociations 461. Dès son arrivée à Abidjan, Houphouët-Boigny mobilisa le Comité directeur du P.D.C.I. afin d'étudier l'évolution de la Communauté 462. Encore une fois la Fédération avait emporté “une victoire”sur ses adversaires.

8. Les dernières démarches vers l'indépendance effective

8.1 “Si la sagesse sénégalaise ne prévaut pas, le communisme régnera de Dakar à Gao”

Avant de poursuivre le chemin vers l'indépendance, il est intéressant de faire une digression sur une polémique suscitée par Mgr Marcel Lefebvre, l'archevêque de Dakar. Inquiet des rapports “du catholique” Senghor avec “le musulman marxisant” Keita 463, Lefèbvre exprima son désaccord dans un article paru dans France Catholique du 18 décembre 1959. Il écrivit :

“L'Afrique, longtemps, a été considérée comme un continent sans intérêt ; Or aujourd'hui, ce continent apparaît comme l'enjeu le plus considérable des grandes puissances. Le champ est ouvert à toutes les propagandes qui portent rapidement des fruits. On a lancé des phrases qui portent à la révolution : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le droit à l'indépendance. Où va-t-on ? On peut conclure par quelques pronostics. Il est une influence méthodiquement poursuivie, entretenue, organisée : c'est celle du communisme. Le Mali est plus menacé. Ce sont, en effet, les pays les plus proches de l'indépendance totale qui sont les plus suivis et les plus vulnérables, parce que davantage laissés à eux-mêmes.
Chose inattendue pour ceux qui connaissent mal l'Islam : ce sont les pays à majorité musulmane qui se détachent le plus rapidement de l'Occident et font appel aux méthodes communistes, assez semblables à celles de l'Islam: fanatisme, collectivisme, esclavage vis-à-vis des faibles sont dans la tradition de l'Islam.
Le Sénégal vieille colonie française, intégrée à la France politiquement, voudrait sentimentalement lui rester liée, mais l'influence du Soudan le pousse vers l'indépendance. La sagesse sénégalaise l'emportera, peut-être, sinon en peu de temps le communisme régnera de Dakar à Gao.” 464

Selon Bernard Tissier de Mallerais (un des disciples de Lefebvre), cet article suscita le “tollé général” 465 à Dakar, mais il y a pénurie de sources sur son réel retentissement publique 466. Néanmoins, on sait qu'il provoqua un démenti officiel du côté du Ministre de l'Information de la Fédération, Tidjani Traoré, qui déclara que :

“Nous ne savions pas que les fêtes de la Nativité allaient nous apporter, après le discours si élevé du Général de Gaulle,la contribution de Mgr Lefebvre.
Nous ne pensions pas que l'Islam conduisait à l'indépendance et au communisme, nous ne savions pas que l'Islam était incompatible avec la civilisation occidentale. Nous ne savions évidemment pas que le Soudan était communiste.” 467

Le texte provocateur de Lefebvre fit évidemment naître des polémiques, surtout, parce qu'il venait “d'une personnalité aussi marquante que l'auguste prélat de Dakar” 468 et, bien qu'il n'eût pas d'emprise directe sur la suite des événements, il était un exemple ultérieur du fait que cette union entre le Sénégal et le Soudan commençait à inquiéter les milieux les plus divers de la société sénégalaise.

8.2 Le problème juridique concernant le transfert des compétences

En revenant aux événements, trois étapes devaient présider au transfert des compétences :

  • Le transfert de toute compétence qui manquait au Sénégal et au Soudan pour que leur souveraineté fût complète
  • La délégation des pouvoirs du Sénégal et du Soudan au Gouvernement du Mali
  • La signature des accords d'association entre la France et le Mali 469

Il importe de noter que cette procédure compliquée était nécessaire puisque les deux Etats étaient entrés “isolément au sein de la Communauté.” 470 En effet, le discours du Président de Gaulle lui-même se référait “au Mali et aux Etats qui le composent” 471, donc selon Gandolfi, le Gouvernement français reconnaissait la Fédération du Mali comme “groupement de fait intra-communautaire ayant vocation à accéder à l'indépendance par la volonté des Etats qui le composent.” 472 Gandolfi expliqua, que cela fut un compromis entre les deux parties en cause: c'est-à-dire les dirigeants africains, qui voulaient voir la seule Fédération du Mali négocier avec la France et les dirigeants français, qui ne voulaient discuter qu'avec les deux Etats qui avaient initialement adhéré à la Communauté 473.
Quoi qu'il en fût, le 18 janvier 1960 furent officiellement entamées les négociations des accords franco-maliens, envisagées lors du séjour de de Gaulle au Sénégal.

8.3 Le chemin des négociations

Le 18 janvier 1960, l'atmosphère à l'Hôtel Matignon à Paris, lieu de rencontre des délégations malienne 474 et française 475, était “excellente”, selon le journal La Croix, et laissait présager une fin satisfaisante des travaux 476. Il y eut “des entretiens cordiaux et des échanges de vue constructifs.” 477
A noter que le journal soudanais L'Essor 478, présentait “sans ambages” les buts de Bamako et de la Fédération, en disant que, même si la présence aux négociations de de Gaulle était une sorte de garantie du résultat, l'objectif final était l'indépendance et une Confédération avec la France: “Toute autre solution ne nous donnerait pas satisfaction.” 479
A la fin de cette rencontre préliminaire, Debré dit que : “C'est seulement quand les négociations parviendront à leur phase terminale qu'un communiqué général précisera la teneur des accords de transfert et de coopération.” 480
Entre-temps, il faut souligner, que la demande d'indépendance de la Fédération du Mali avait joué le rôle de catalyseur dans le mouvement vers l'indépendance des autres Etats de l'ex-A.O.F. 481. Pour donner un exemple, le Président Tsiranana demanda l'indépendance pour Madagascar en même temps que les dirigeants maliens et les négociations furent entamées le 11 février 1960, même pas un mois après le début des pourparlers avec la Fédération du Mali 482. Les pays du “Conseil de l'Entente” demandèrent l'indépendance en avril 1960 483.
Les négociations se poursuivirent à plusieurs reprises pendant les mois suivants, “en raison de la complexité des problèmes à résoudre.” 484 Une commission d'experts fut constituée pour discuter des détails techniques. Chaque Etat se fit assister par un expert : le Sénégal choisit l'économiste Destannes de Bernis, assistant de François Perroux au Collège de France; le Soudan avait choisi “le communiste Ménard” 485. Selon Dia, ce choix “de deux économistes d'idéologies différentes” créa des problèmes qu'ils réussirent à résoudre au niveau des dirigeants politiques 486.
Finalement, le 4 avril 1960, les délégués de la Fédération du Mali signèrent les accords franco-maliens 487, par lesquels la Fédération obtenait de gérer de façon autonome ses propres intérêts, et notamment les compétences détenues par la Communauté “en vertu de l'article 78 de la Constitution” 488.
“L'échange de lettres” 489 du 4 avril prévoyait que la France aurait engagé une révision constitutionnelle de l'article 86 490 “en vue de permettre dans les plus brefs délais possible la mise en vigueur simultanée des accords, qui marqueront l'accession de la Fédération à l'indépendance” 491. D'autre part, dès la proclamation de l'indépendance de la Fédération, le Gouvernement fédéral aurait signé “des accords définissant les principes et les modalités de la coopération librement instaurée entre la République française et la Fédération dans le cadre de la Communauté rénovée.” 492
Il importe de noter que le transfert de compétences était fait en faveur des deux Etats composant la Fédération qui ensuite auraient dû transférer ces prérogatives à la Fédération.
Dès lors, il ne manquait plus que les dernières formalités du processus d'accession à l'indépendance, processus qui aboutit, le 20 juin 1960, à la proclamation officielle de l'indépendance. Toutefois, ce fut à la suite de ce grand événement que commença le déclin rapide et inexorable de la Fédération.
Après la réalisation du rêve tant convoité, la réalité se révéla très différente et décevante par rapport aux attentes des leaders politiques (surtout du côté sénégalais).

Notes
246. “Fédération du Mali, pays d'avenir”, dépliant illustré éd. par le Gouvernement de la Fédération du Mali, 1960
247. Lakroum (Monique), “Sénégal-Soudan: deux Etats pour un empire” dans L'Afrique Occidentale Française au temps des Français 1860-1960, sous la direction de Coquery-Vidrovitch (Catherine), Paris, 1992
248. “Fédération du Mali, pays d'avenir”, doc. cit.
249. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 16
250. Ibid. p. 13, “Ces deux pays formaient un tout avant d'être séparés par les frontières artificielles imposées par la colonisation”.
251. Ibid. p. 14, “Le Mali était composé d'une mosaïque d'ethnies. Cependant, 80% des Maliens appartenaient à la sous-race nord-saharienne et les ethnies dominantes (bambara, toucouleur, peul, wolof, malinké, dioula, etc.) se retrouvaient aussi bien au Sénégal qu'au Soudan.”
252. Ibid. p. 15, “l'Islam, religion des masses sénégalo-soudanaises, a contribué à renforcer la cohésion de l'ensemble malien.”
253. Ibid. p. 15
254. Ibid. p. 12
255. Ibid.
256. Dia (Mamadou), Nations africaines et solidarité mondiale, Paris, 1960, p. 107 cité par Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 16
257. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 18
258. Ibid.
259. Ibid.
260. Ibid. p. 19
261. Ibid.
262. Ibid.
263. Ibid.
264. Ibid. p.20-21
265. Dia (Mamadou), Op. cit, Paris, 1960, p. 108, cité par Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 21
266. Dia (Mamadou), op. cit., Paris, 1960, p. 106
267. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p.22
268. Ibid.
269. Ibid.
270. Gam (Pierre), op. cit. p. 428
271. Entre autres : Ali Barraud et Nazi Boni.
272. Entre autres : Adande et Zinsou.
273. Gam (Pierre), op. cit. p. 428. Le Niger avait envoyé Djibo Bakary, Georges Condat et Maurice Camara.
274. Il importe de noter que la Fédération du Mali s'était reconnue comme “partie intégrante de la Communauté” et admettait que “toute sécession était désormais impossible.” (“Afrique Noire: le Mali s'est donné un Gouvernement”, dans La Croix, 7 avril 1959)
275. Gam (Pierre), op. cit. p. 429-430 et Foltz (William), op. cit. p. 162
276. Foltz (William), op. cit. p. 162
277. Ibid.
278. Ibid. Traduit par moi-même de l'anglais.
279. Ibid.
280. Ibid. p. 163
281. Ibid.
282. Ibid. p. 163-164
283. Gam (Pierre), op. cit. p. 429
284. Foltz (William), op. cit.
285. Conférence des Fédéralistes Africains, “Résolution” dans Semaine en Afrique Occidentale, 28 mars 1959, cité par Foltz (William), op. cit. p. 163 (traduit par moi-même de l'anglais)
286. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 mars au 25 avril 1959, doc. cit.
287. “Dans un courant d'unité le Mali renaît”, dans Le Mali, no. 1, juillet 1959
288. Decraene (Philippe), Le Mali, op. cit.
289. Keita (Modibo), Discours-Programme, prononcé le 6 avril 1959 devant l'Assemblée fédérale, cité par Lami, Rapport politique mensuel du 25 mars au 25 avril, doc. cit.
290. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 mars au 25 avril 1959, doc. cit.
291. Gam (Pierre), op. cit. p. 428
292. Keita (Modibo), Discours-Programme 6 avril, doc. cit.
293. Gandolfi (Alain), “Naissance et mort sur le plan international d'un Etat éphémère: la Fédération du Mali”, dans Annuaire Français de droit international, 1960, p. 883
294. Gam (Pierre), op. cit. p. 429
295. Délégation composée par Modibo Keita, Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Lamine Guèye et Koné.
296. “La délégation du Mali : « Confiance au Général de Gaulle», dans Le Figaro, 14 avril 1959
297. Ibid. A noter que dans Foccart parle, volume I, op. cit. p. 192, Foccart déclara que “Dès le début, le Général pense que cette construction déséquilibrée n'est pas viable, et moi comme lui.”
298. “Un litige: la représentation du Mali dans la Communauté”, dans La Croix, 6 mai 1959
299. Gam (Pierre), op. cit. p. 433-434
300. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 195
301. Ibid.
302. Gam (Pierre), op. cit. p.433-434
303. Ibid.
304. “Janot: le Mali ne peut être représenté au sein du Conseil Exécutif”, dans La Croix, 7/8 mai 1959
305. Gam (Pierre), op. cit. p. 429
306. Il faut souligner que, dans les premières deux numéros de cette revue, Le Mali, était défini comme “le magazine illustré d'Information du Gouvernement Fédéral”, ensuite, il devint l' “organe central du P.F.A.”. En effet, Modibo Keita et Senghor en étaient les Directeurs politiques et tous les dirigeants principaux de la Fédération participaient au Conseil d'Administration de la revue.
307. “L'entretien de Gaulle-Keita ouvre à deux battants les portes de la Communauté”, dans Le Mali, no. 1, juillet 1959
308. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 195
309 Decraene (Philippe), op. cit.
310. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 195
311. Ibid.
312. Note de renseignements (généraux ?) M.A.E. français, service des affaires de la Communauté et du Secrétariat d'Etat aux relations avec les pays de la Communauté, direction affaires générales, Bamako 13 mai 1959. A noter que le soulignement faisait partie de la note.
313. “L'entretien de Gaulle-Keita ouvre à deux battants les portes de la Communauté”, doc. cit.
314. Ibid. L'article parle d'une durée d'une heure à peu près.
315. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 195
316. Ibid.
317. “L'entretien de Gaulle-Keita ouvre à deux battants les portes de la Communauté”, doc. cit.
318. Ibid.
319. Ibid.
320. Ibid.
321. Rapport Haut-Commissaire Lami, concernant la période du 25 mars au 25 avril, doc. cit.
322 Ibid.
323. Keita (Modibo), discours 6 avril 1959, doc. cit.
324. Rapport Haut-Commissaire Lami, du 25 mars au 25 avril, doc. cit.
325. Keita (Modibo), discours 6 avril 1959, doc. cit.
326. Rapport politique mensuel Lami du 25 avril au 25 mai, doc. cit et Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami concernant la période du 25 mai au 25 juin 1959, CAOM 1affpol/2266/8
327. Ibid.
328. A cause du manque des sources à ce sujet, il est difficile de savoir quelle portée eurent ces dissensions à l'intérieur du Gouvernement.
329. Foltz (William), op. cit. p. 153
330. “Une interview exclusive de M. Senghor: « L'indépendance nominale, terme ultime de notre évolution dans le cadre de la Communauté»”, dans Marchés tropicaux et méditerranéens, no. 706, 23 mai 1959
331. Foltz (William), op. cit. pp. 155-157
332. Ibid. Voir aussi Ndiaye Guèdel, op. cit. p. 27
333. Ibid. Un point de vue intéressant était présenté par Philippe Decraene à propos du plan Lebret et du développement sénégalais: “Moins éblouis par les expériences chinoises ou soviétiques que par celles d'Israël et Yougoslavie, les économistes sénégalais ont toujours professé leur attachement à certaines formes de libéralisme que condamnent précisément les Soudanais. Enfin ces derniers ont toujours ressenti avec une vive blessure d'amour-propre les conceptions de certains Sénégalais qui insistaient sur leur dépendance économique dans laquelle leur pays tenait le Soudan.” (Decraene Philippe “Naissance et mort de la Fédération du Mali” dans Communauté France-Eurafrique no. 116, déc 1960)
334. Ibid.
335. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 28
336. Ibid.
337. Ibid.
338. Foltz (William), op. cit. p. 155-157
339. Ibid.
340. Ibid.
341. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 avril au 25 mai 1959, doc. cit. et Rapport politique mensuel du Haut- Commissaire Lami, du 25 mai au 25 juin 1959, doc. cit.
342. “L'entretien de Gaulle-Keita ouvre à deux battants les portes de la Communauté”, doc. cit.
343. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, concernant la période du 25 avril au 25 mai 1959, CAOM 1affpol/2266/8
344 Ibid.
345. “L'enthousiasme éclate tout au long du voyage du Président Mamadou Dia au Soudan”, dans Le Mali, no. 1, juillet 1959
346. Ibid.
347. Ibid. On notera qu'en annexe à ce mémoire, et notamment dans le texte des entretiens avec Roland Colin, il y a un extrait de son carnet de voyage, concernant ce voyage auquel il a participé en tant que directeur de cabinet de Mamadou Dia.
348. Ibid.
349. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 mai au 25 juin 1959, doc. cit.
350. Entretien avec Roland Colin, Paris, 3 mars 2006. Etant donné l'implication démagogique du terme “masses”, on utilisera des synonymes (sauf en ce qui concerne les citations).
351. Foltz (William), op. cit.
352. Entretien avec Mr Colin, Paris 3 mars 2006
353. Foltz (William), op. cit. pp. 134-137 et 148.
354. Ibid.
355. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, concernant la période du 25 septembre au 25 octobre 1959, CAOM 1affpol/2266/8
356. Foltz (William), op. cit. pp. 134-137 et 148.
357. Ibid. Surtout après l'extension des droits politiques et civils et de la citoyenneté aux citoyens des quatre Communes (Dakar, Saint- Louis, Rufisque et Gorée).
358. Ibid. Termes traduits par moi-même de l'anglais.
359. Traduit par moi-même de l'anglais.
360. Foltz (William), op. cit. p. 137 Ici Foltz se base sur la description de “samba-linguère” présentée par Ousmane Socé Diop dans son conte Karim, Paris, 1936
361. Foltz (William), op. cit. p. 119
362. Gandolfi (Alain), op. cit. p. 893
363. Ibid. traduit par moi-même de l'anglais.
364. Ibid.
365. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 28
366. Foltz (William), op. cit. p. 119
367. Ibid.
368. Ibid. termes traduits par moi-même de l'anglais.
369. Ibid.
370. Ibid.
371. Foltz (William), op. cit. p. 148
372. Entretien avec Mr Colin, Paris, 3 mars 2006
373. Foltz (William), op. cit. p. 148. traduit par moi-même de l'anglais. 374 Ibid.
375. Ibid.
376. Ibid.
377. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 31
378. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 31
379. Ibid.
380. Ibid.
381. Voir supra, chapitre IV premier paragraphe.
382. Foltz (William), op. cit. p. 149 Par exemple, les Soudanais se concentrèrent dans la région sénégalaise de la Casamance, alors qu'au Soudan, les Sénégalais étaient majeurement localisés autour de la région de Kayes.
383. Ibid. p. 150 traduit par moi-même de l'anglais.
384. Ibid.
385. Ibid.p. 160
386. Foltz (William), op. cit. p. 123
387 .Ibid.
388. Ibid. p. 161
389. Ibid.
390. “Politique: Sénégalais et Soudanais”, dans Europe-France-Outremer, no. 368, juin 1960
391. Dia (Mamadou), Nations africaines et solidarité mondiale, op. cit. p. 140, cité par Foltz (William), op. cit. p. 161
392. Il est suffisant de regarder certaines photos et articles de la revue Le Mali pour s'apercevoir de cette ostentation de l'enthousiasme au niveau populaire.
393. Entretien avec Mr Colin, Paris, 3 mars 2006. Cette contrainte est bien représentée dans un extrait de l'article “Politique: Sénégalais et Soudanais”, doc. cit.: “Au Soudan, malgré une organisation policée et les efforts faits pour supprimer toute opposition, les difficultés politiques sont plus grandes qu'au Sénégal. Les incidents de Ségou, survenus au moment même de la conférence inter-etats , en sont un exemple précis. N'a-t-on pas reproché au Commissaire de police soudanais, tué au cours de l'échauffourée, d'avoir largement débordé le cadre de son secteur territorial pour brimer dans les villages des environs de Ségou les populations encore hostiles au gouvernement ?”
394. Pour utiliser une expression de Madeira Keita, cité par Dugué (Gil) op. cit. p. 255 et par la revue Le Mali, no. 2, août 1959.
395. Les deux expressions, mots d'ordre du P.F.A, sont citées par Dugué (Gil), op. cit. p. 255
396. Entre autres, Nazi Boni, Joseph Ouédraogo et Ali Barraud.
397. Entre autres, Adandé, Zinsou et Ignacio Pinto.
398. Entre autres, Yacoub Ould Boumédiana, gendre du grand chef religieux Abdallah Ould Chiekh Sidia.
399. Entre autres, Djibo Bakary. Les délégations sont énumérées dans “Les bâtisseurs du nouveau Mali sont dans le chantier”, Le Mali, no. 2, août 1959
400. Dugué (Gil), op. cit. p. 255
401. Gam (Pierre), op. cit. p. 431 402 Ibid.
403. Ibid.
404. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 197
405. Dugué (Gil), op. cit. p. 257-262 et “Les bâtisseurs du nouveau Mali sont dans le chantier”, Le Mali, no. 2, août 1959
406. Ibid.
407. Ibid.
408. Ibid.
409. Ibid.
410. Ibid.
411. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 mai au 25 juin 1959, doc. cit. A noter que, selon Lami, ce reproche est adressé à Houphouët-Boigny, mais implicitement à Senghor aussi.
412. Ibid. Selon Lami, étant donné l'énorme degré de mobilisation des masses rejoint par le U.S.-R.D.A., “force est de penser que la critique vise, avant tout, l'U.P.S. et le Sénégal”.
413. Pendant un de mes entretiens avec Roland Colin, il m'a dit que Modibo Keita investit beaucoup dans la jeunesse, en particulier sur les jeunes activistes de son parti, mais cela créa des conflits avec les générations politiques intérieures, qui se sentirent “détrônées”. (Entretien avec Mr Colin, Paris, 3 mars 2006)
En outre, il importe de noter que le mouvement de la jeunesse de l'U.P.S. et de l'U.S. se réunirent le 28 et le 29 septembre 1959 à Bamako pour créer un mouvement unifié de la jeunesse de la Fédération du Mali, le U.N.J.M. Les jeunes des partis eurent une fonction importante dans “la lutte que mène tout le Mali pour l'édification de la Nation Africaine.” (dans Le Mali, no. 4 décembre 1959).
414. Dugué (Gil), op. cit. p. 257-262 et “Les bâtisseurs du nouveau Mali sont dans le chantier”, Le Mali, no. 2, août 1959. Il importe de noter que l'appel de Keita fut relevé par les femmes et, le 20 juillet 1959, dans la grande salle du Collège technique de Bamako, “pour la première fois dans l'histoire, des femmes de toutes races de toutes religions se retrouvent pour lancer le bases d'une vaste organisation.” Dans les résolutions finales de ce premier Congrès des femmes, elles demandent, “comme citoyennes que l'Afrique soit indépendante et unie”. (Le Mali, no. 2, août 1959).
415. Ibid.
416. Ibid.
417. Ibid.
418. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, du 25 mai au 25 juin 1959, doc. cit.
419 Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 198
420. Ibid.
421. Ibid.
422. Ibid.
423. Lebert (Jean-Philippe), “La Fédération du Mali, pole d'attraction de l'ouest africain” dans Europe-France-Outremer, no. 367, juin 1960
424. Gam (Pierre), op. cit. p. 435
425. Ibid.
426. Ibid.
427. Ibid. p. 436
428. Ibid.
429. Ibid.
430. Ibid.
431. Voir supra paragraphe précédent.
432. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 197
433. C'est à cause de cela qu'on approfondira plus en détail cet aspect dans le prochain chapitre.
434. “Le bureau du P.F.A. décide: « Négociations avec la France pour l'indépendance du Mali et la Constitution d'une Confédération»”, dans La Croix, 26 septembre 1959. Pour devenir indépendant, il y avait deux possibilités: une était la prètendue “indépendance-sécession”, (mise en pratique par la Guinée), réalisable par référendum (comme préconisaient les éléments extremistes des deux pays); l'autre possibilité était l'indépendance à l'intérieur de la Communauté.
435. Ibid. A noter que ne fut pas établie une date précise pour l'indépendance, on parla de “moindre délais”.
436. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 197
437. Pour utiliser une expression du Haut-Commissaire Lami, dans Rapport politique mensuel concernant la période du 25 septembre au 25 octobre 1959 CAOM 1affpol/2266/8
438. Ibid. et Milcent (Ernest) Sordet (Monique), op. cit. p. 197
439. Ibid.
440. “Le bureau du P.F.A. décide: « Négociations avec la France pour l'indépendance du Mali et la Constitution d'une Confédération»”, doc. cit.
441. Milcent (Ernest) et Sordet (Monique), op. cit. p. 201
442. “Le Mali et l'Indépendance”, dans La Croix, 2 octobre 1959
443. Ibid.
444. Gam (Pierre), op. cit. p. 437
445. Dugué (Gil), op. cit. p. 290
446. Note de renseignements généraux du M.A.E. français, service des affaires de la Communauté et du Secrétariat d'Etat aux relations avec les pays de la Communauté, direction affaires générales “Le projet d'indépendance du Mali”, novembre 1959
447. Itey (Roland) “Pas de désaccord entre le Général de Gaulle et les leaders maliens, mais certaines questions restent à régler”, La Croix, 28 novembre 1959
448. Dugué (Gil), op. cit. p. 295
449. Rapport politique mensuel du Haut-Commissaire Lami, concernant la période du 25 octobre au 25 novembre 1959, CAOM 1affpol/2266/8
450. Dugué (Gil), op. cit. p. 296 Pour donner un exemple de cette “aide”, dans une note du 4 décembre 1959 no. 10075bis/PCD du Directeur de Cabinet de la Présidence, Secrétaire général Honoraire de l'Entente Cordiale (société fondée à Saint-Louis le 1er mars 1955, qui prévoyait une union économique et sociale de solidarité fraternelle entre Européens et Africains) au Ministre de l'Information, il y avait la référence à un appel qui invitait “tous les membres de la société et leurs familles à se ressembler sur le passage du Général de Gaulle pour l'accueillir chaleureusement”. (Archives de Dakar, FM 120)
451. Dugué (Gil), op. cit. pp. 298-299
452. Ibid. p. 300
453. “Le séjour du Président de Gaulle s'achève en apothéose”, dans La Croix, 15 décembre 1959
454 Ibid.
455. Dugué (Gil), op cit., p. 298
456. Gam (Pierre), op. cit., p. 438
457. Dugué (Gil), op. cit., p. 297 Dugué, en se référant à l'expression de “souveraineté internationale”, souligna ironiquement que le Général de Gaulle “a toujours fait preuve d'un goût personnel en matière de terminologie.” de Gaulle dans son discours utilisa cette détermination car il était convaincu que “l'indépendance c'est un terme qui signifie un désir, une attitude, une intention, mais le monde étant ce qu'il est, si petit, si étroit, si interférant avec lui-même que l'indépendance réelle, l'indépendance totale n'appartient en vérité à personne.” (“Le Général de Gaulle devant l'Assemblée du Mali: “L'indépendance totale n'appartient en vérité à personne”, dans La Croix, 15 décembre 1959)
458. Le Président du Niger.
459. Dugué (Gil), op. cit. p. 301
460 Ibid. p. 302
461. Ibid.
462. Ibid.
463. Mallerais (Bernard Tissier), Marcel Lefebvre une vie, éditions Clovis 2002 p. 261
464. Lefebvre (Marcel), “Les Etats chrétiens vont-ils livrer l'Afrique noire à l'Etoile ?”, dans France Catholique, 18 décembre 1959
465. Mallerais (Bernard Tissier de), op. cit. p. 261
466. Il y eut, cependant, des références dans l'article “Les faits et les idées” de Elisabeth Bernier dans la revue Le Mali, no. 5, janvier 1960, où l'auteur souligna “l'émotion qu'avait suscité, au Mali, un article publié par Mgr Lefebvre” et ajouta que “les déclarations de l'Episcopat du Soudan met un terme à toute équivoque”. De plus, dans un article, intitulé “En Afrique noire, chrétiens et musulmans ne sont pas des chiens de faïence”, dans Témoignage Chrétien du 26 février 1960, pp. 11-12 on lisait: “Le Mali acquiert son indépendance. Or comme de nombreux pays d'Afrique, le Mali a une population principalement musulmane. Les chrétiens du Mali ne peuvent donc esquiver le problème capital de leur confrontation avec les musulmans. Ce problème vient d'être posé publiquement au Mali, notamment à la suite d'un article de Mgr Lefebvre.” Dans cet article, un spécialiste parla de ce que représentait réellement la rencontre des chrétiens et des musulmans en Afrique, tout en essayant de mieux expliquer la question posée en termes polémiques par Lefèvbre.
467. Traoré (Tidjani), déclaration à propos de l'article de Mgr Lefebvre, décembre 1959 (Voir annexe 2)
468. Ibid.
469. Liste contenue dans ITEY (Roland) “Des conversations décisives entre le Mali et la République française seront amorcées la semaine prochaine”, dans La Croix, 22 novembre 1959
470. “Janot: le Mali ne peut être représenté au sein du Conseil Exécutif”, doc. cit.
471. Voir supra paragraphe précédent.
472. Gandolfi (Alain), op. cit. p. 885
473. Ibid.
474. La délégation malienne était constituée, entre autres, par: Senghor, Keita et Dia.
475. La délégation française comprenait, entre autres, Janot et Jacquinot, Ministre d'Etat.
476. “France-Mali: volonté de coopération”, dans La Croix, 20 janvier 1960
477. Ibid.
478. Le journal L'Essor était l'organe officiel de l'U.S.
479. Extrait de L'Essor, cité par l'article “France-Mali: volonté de coopération”, doc. cit.
480. “Clôture hier des entretiens préliminaires franco-maliens”, dans La Croix, 21 janvier 1960
481. Ndiaye (Guèdel), op. cit. p. 168
482. “Les négociations franco-maliennes continuent (les négociations franco-malgaches débutent le 11 février)”, dans La Croix, 11 février 1960
483. Foccart (Jacques), Foccart parle, op. cit. p. 199, Foccart pensait que la décision fut quasiment prise à la fin décembre à l'instigation de Yaméogo. Ensuite, à la question “Pourquoi Houphouët-Boigny était passé en six mois du refus de l'indépendance à l'extrême inverse?”, Foccart répondit que Houphouët avait finalement analysé la nouvelle situation politique et “il ne pouvait pas continuer à faire cavalier seul, il voulait trouver le moyen de reprendre la tête du peloton.” (op. cit. p. 223)
484. “Les négociations franco-maliennes continuent (les négociations franco-malgaches débutent le 11 février)”, doc. cit.
485. Expression utilisée par Dia (Mamadou), Afrique, le prix de la liberté, Paris 2001, p. 139. Ménard fut appelé ensuite par Sékou Touré à Conakry comme conseiller.
486. Dia (Mamadou), op. cit., Paris 2001, p. 139
487. Voir Annexe no. 2
488. Gandolfi (Alain), op. cit. p. 885 Ces compétences comprenaient: la défense, la politique étrangère, la politique économique et financière, la monnaie, le contrôle de la justice, etc. Gandolfi souligna que, “jusqu'à l'entrée en vigueur des accords de coopération avec la Fédération du Mali, certaines compétences transférées continuent d'être exercées par la République Française.” Cela contribua à créer des complications juridiques lorsque la Fédération était sur le point d'éclater.
489. Ibid. p. 886
490. L'article 86 de la Constitution française prévoyait que “Tout Etat qui obtient l'indépendance cesse de faire partie de la Communauté.”
491. Gandolfi (Alain), op. cit. p. 886
492. Ibid.